Questions de Gauche

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dimanche 14 février 2016

Blog en chantier

Chers tou-te-s, ce blog est en chantier en ce moment, ce qui signifie qu'il n'est pas abandonné. :-) A bientôt !

Blaise Chabanis.

vendredi 25 mai 2012

Une analyse

Certaines personnes m'ont contacté au sujet de mon dernier billet d'humeur suite au discours du président sorti, trouvant que j'exagérais un peu. Personnellement, je ne le trouve pas, d'autant plus qu'il s'agissait bien d'une humeur, et non d'une analyse.

Justement, une amie torcéenne, Maryse Moll, a réalisé une analyse du discours de Nicolas Sarkozy que je trouve très bien. Je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager...

J’ai relu plusieurs fois le discours de Nicolas Sarkozy après la défaite de l’UMP à l'élection présidentielle et je m’étonne vraiment de ne pas voir dans la presse d’analyse de ce texte.

Voilà un discours entièrement centré sur sa personne, un discours d’un égocentrisme frappant, - on y chercherait en vain un rappel des idées qu’il dit avoir tant défendues- non, au moment de quitter ses fonctions, il lui semble plus important de dire que lui, Nicolas Sarkozy, a souffert (« j’ai beaucoup souffert …»), de souligner avec insistance l’honneur qui lui a été fait (« je veux remercier tous les français pour l’honneur qu’ils m’ont fait », « jamais je n’oublierai cet honneur », « c’est un honneur immense », de rappeler le lien personnel entre lui et ses électeurs (« les épreuves, les joies, les peines ont tissé entre nous des liens que le temps ne distendra jamais », « jamais je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m’avez donné, vous m’avez tellement donné », « vous m’avez aidé de manière extraordinaire, vous m’avez soutenu », « je vous aime, merci, merci à vous »). Il fait corps avec sa fonction de président, et assimile explicitement les critiques qui lui ont été faites à lui, Nicolas Sarkozy, à un irrespect envers la fonction de président : « j’ai beaucoup souffert que l’institution que je représentais n’ait pas été respectée ». Quand on critique la façon dont il a exercé ses fonctions, il considère que c’est à l’institution qu’on s’en prend : Nicolas Sarkozy ramène encore une fois tout à sa propre personne. Le soutenir, venir assister à ses meetings est pour lui un « cadeau » qu’on lui faisait (« vous ne pouviez pas me faire un plus beau cadeau » (à lui personnellement), mais ce n’est pas tout : ce faisant, à travers lui, on valorisait l’image de la France puisqu’il ajoute « vous ne pouviez pas donner une plus belle image de la France ». Sarkozy fait donc aussi corps avec la France !

S’il déclare plusieurs fois son attachement pour la France et les français (nous devons ce soir penser exclusivement à la grandeur de la France et au bonheur des français », ou « j’en ressors, mes chers compatriotes, avec un amour de la France plus fort encore, avec un attachement pour le peuple français plus fort encore », mais quand il s’adresse à un public, c’est bien à ses seuls électeurs qu’il parle, et pas à l’ensemble des français, dans la plus grande partie de son discours ( « je resterai l’un des vôtres, je partage vos idées » . Et même quand il dit s’adresser à tous les français, c’est encore à ses électeurs qu’il parle (« je veux remercier tous les français (…) de m’avoir choisi pour président ».

Et puisqu’il s’adresse à ses électeurs, il juge bon, dans les premières phrases de son discours, de leur recommander ( !) de respecter ( !) le nouveau président : « François Hollande est le président de la France et doit être respecté ». Sans doute cette recommandation est-elle nécessaire : on a encore à l’esprit la déclaration de ces derniers jours de Nadine Morano, qui comparait les propos de François Hollande lors du débat à du « pus qu’il fallait extraire d’une plaie », propos qui peut difficilement passer pour une marque de respect. Quand au souhait exprimé dans son discours d’une « France qui n’a pas de haine au cœur », l’UMP, dirigée par lui, n’en a guère donné l’exemple dans sa propre campagne.

Donc, Nicolas Sarkozy, de toute évidence plus chef de parti que président des français, s’adresse à ses électeurs, et pas aux français. Cela devient même particulièrement choquant quand, dès le troisième alinéa, il dit « je ne serai jamais comme ceux qui nous ont combattus ; nous aimons notre pays » ! Pour lui, ses opposants politiques n’aiment donc pas la France ! Sont-ils même français ? On pourrait en douter, à lire la phrase suivante : « soyons dignes, soyons patriotes, soyons français, soyons exactement le contraire de l’image que certains auraient voulu donner dans un cas inverse ». Et en fait, c’est bien ce qu’il veut dire, que seuls ses électeurs sont la France : puisque la suite immédiate de cette phrase est (on ne rêve pas, on lit bien) : « Vous êtes la France éternelle » !

Bien sûr, en disant cela, il nie la légitimité du vote, faisant apparaître implicitement la victoire du parti socialiste comme un épiphénomène qui ne reflète pas la volonté du pays. Bel exemple d’esprit démocratique !

Mais comme il n’en est pas à une contradiction près, lui dont le discours est essentiellement un discours de chef de parti, chargé d’insinuations, il va se poser en modèle républicain : « c’est un choix démocratique républicain », « je veux lui souhaiter bonne chance au milieu des épreuves ». Cette dernière remarque prend son sel quand on se rappelle les discours et les remarques de ces derniers mois, et l’acharnement avec lequel l’UMP et Nicolas Sarkozy ont agité la menace des marchés, de la crise, des déficits, des exemples espagnol et grec, pour dissuader du vote Hollande, au risque d’inquiéter justement ces fameux marchés et de contribuer à aggraver la situation !

On nous dit : oui, mais il a assumé avec dignité la responsabilité de la défaite : « je porte toute la responsabilité de la défaite ». C’est vrai, il l’assume ostensiblement : « je ne suis pas un homme qui n’assume pas ses responsabilités » et, ainsi qu’il le dit, « je suis le président, j’étais le chef » ; mais pourquoi ajoute-t-il tout de suite après : « et, quand il y a une défaite, c’est le numéro un qui en porte la première responsabilité » ? Voilà qui atténue plutôt sa déclaration ! S’il dit en fait qu’il endosse la première responsabilité, c’est aussi pour bien signifier qu’il endosse également la responsabilité des autres, ceux qui étaient sous ses ordres. « C’est le numéro un qui en porte la première responsabilité » est une déclaration de grandeur d’âme, le responsable acceptant aussi de prendre sur lui les « péchés » des autres, mais ce faisant, il dilue en même temps sa propre responsabilité : quelle était-elle ? Partielle, totale ? Nulle ? Assume-t-il, par grandeur d’âme la responsabilité des autres, ou tente-t-il de minimiser la sienne ? Cela reste indéterminé. L’énoncé des points sur lesquels il pensait avoir une responsabilité personnelle aurait été plus convaincant.

Non ce discours plein d’attendrissement sur soi, d’insinuations sur ceux qui n’ont pas voté pour lui, ce discours de chef de parti qui semble se rappeler au détour de certaines phrases, qu’il devrait s’agir d’un discours de président, ne me paraît ni digne, ni beau. Et dans ce discours, en particulier, l’idée d’un chef (titre qu’il revendique explicitement) doté d’un lien direct et affectif avec ses seuls électeurs censés être la France éternelle, ne me semble pas très en accord avec l’idéal républicain d’une bataille pour des idées, et évoque de mauvais souvenirs.

lundi 7 mai 2012

Nous n'avons plus que le poids du monde sur les épaules

Je me sens plus léger :-)

Les résultats du premier tour des élections présidentielles m'ont réveillé. Je me trouvais en léthargie depuis les ennuis personnels que j'ai eus, notamment l'incendie de ma maison. Je participais à de nombreuses activités politiques et associatives, peut-être trop... encore des arguments contre le cumul des fonctions. Il faut savoir être raisonnable.

Mais le résultat du premier tour ont été pour moi un électrochoc salvateur. La gauche peut être entendue malgré le couvercle posé sur elle dans les médias, les nombreuses déformations de nos discours, et la préférence affichée de nombre d'entre eux, ou du moins la haine moins grande pour le Front National que pour le Front de Gauche dans les milieux liés aux grands pouvoirs.

Alors quoi, il suffirait d'un relooking d'image et l'extrême droite deviendrait fréquentable ?! Et au mieux, on pourrait se permettre de mettre dos à dos les partisans de la ségrégation de ceux du partage ?! C'est révoltant. Cette révolte a été chez moi un déclencheur. J'étais fatigué, un peu découragé peut-être. Mais notre cause est grande, et nous allons le démontrer.

Nous avons déjà démontré que nous étions plus nombreux que prévu :-) Cela va continuer. Sur Torcy, le résultat du premier tour est intéressant. Le Front de Gauche est devant le Front National. C'est ce qui aurait du être partout, mais déjà chez moi je me sens mieux. Et la bataille est loin d'être terminée. Je n'accepterai pas que des personnes puissent être convaincues à ce point qu'il faut séparer les "bons français" des mauvais. Car je suis un révolutionnaire attaché à 1789, à 1792 et au droit du sol.

J'ai été fier de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et notamment de son discours de Marseille et de son attachement à démonter point par point les provocations de l'infâme Jean-Marine Le Pen. Ces provocations ne sont le fruit que d'élucubrations de l'ordre de "on sait bien que", "on voit bien que", "on a peur que". Cela ne peut pas faire un discours argumenté, c'est le mécanisme classique qui transforme l'Autre en un être dont on a peur et qui perd son humanité.

Nous devons le refuser, et donner les arguments raisonnés qui sauront mettre le doute chez ceux qui "croient" ou adhèrent aux propos de l'infâme. Puis, pour les rassurer, faire disparaitre la peur, il faut apprendre à vivre ensemble, tout simplement, se parler.

Les médias et la télévision, pour cela, ne jouent pas leur rôle, ils amplifient la peur, on dirait qu'ils sont faits pour cela ! Alors que, en partageant les expressions, en mélangeant les types d'intervenants, de chroniqueurs, on ferait déjà tant !

Lorsque tout à l'heure, j'ai pu percevoir en direct les larmes de Jean-Pierre Pernault devant le discours "émouvant" de Sarkozy, rediffusé de hier soir, j'ai ressenti un mélange d'émotions détonnant. Petite digression, je zappais entre les différentes chaines pour sentir le ton des unes et des autres, je n'étais pas fixé sur TF1. Mais lorsque je suis tombé là dessus, j'étais déjà surpris de la religiosité avec laquelle on nous présentait la rediffusion de cet extrait de discours, mettant en avant l'émotion du sorti mais rien d'autre.

Ma perception de ce discours n'a certainement pas été la même. Tout ce qui a été dit m'est apparu comme complètement décalé de la réalité. Par exemple, lorsqu'il dit "nous ne sommes pas comme eux, j'ai souffert que l'institution que je représentais ne soit pas respectée ne faisons pas comme eux" , j'ai vraiment commencé à me frotter les yeux en me demandant s'il comprenait ce qu'il disait. Il ne voit pas les causes de ce non respect d'une institution qui met toute sa force à soutenir ceux qui écrasent les autres, à traiter des catégories de population française de racailles, et à avoir les mêmes arguments que l'extrême droite et les mêmes plaisanteries racistes ? Chirac a obtenu de moi le respect institutionnel que lui n'aura jamais, et il se demande pourquoi ?

Lorsqu'il dit : "J'ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les Français des crises sans précédent qui ont ébranlé le monde pour que la France en sorte plus forte.", j'ai commencé à hurler. Veut-il que je lui fasse la liste des millions de personnes qui vivent dans l'indigence et à qui tous les jours il a demandé des sacrifices tandis qu'une toute petite partie se goinfrait en étalant leur satisfaction d'être là où ils sont ?

Lorsqu'il dit "Lorsque l'on a des valeurs, la seule façon d'être crédible c'est de les vivre. (...) Laissez moi la liberté de vivre en accord avec ce que je pense." Je trouve que c'est facile, du point de vue où il est, de dire cela. La liberté, c'est quand on a le choix. Et il y a des millions de français qui aurait avoir la liberté de partager mais qui n'avaient déjà pas de quoi vivre, ni capital économique, ni capital culturel leur permettant de devenir Maire de Neuilly à 28 ans... et de n'y construire pas un logement social ou presque.

Et enfin, lorsqu'il dit : "Jamais je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m'avez donné", je me suis demandé si je n'allais pas lui proposer un échéancier, parce qu'en effet il s'en est mis, lui et certains de ses amis, plein les poches, grâce au soutien de tellement de français qui eux même sont toujours persuadés qu'il faut travailler plus pour gagner plus mais qui n'ont pas pu gagner autant que leur "chef", celui qui endosse la responsabilité avec la facilité de celui qui a fait une récolte pendant cinq ans et qui va pouvoir la faire fructifier. Je rappelle à ces français qui soutiennent la droite qu'un être humain, même si il travaille 80 heures par semaine, même s'il parvient à travailler 90 heures par semaines et dormir les 78 heures qu'il lui reste, ne travaille pas plus de trois fois ce que travaillent les autres... Quelle raison y a-t-il à ce qu'il gagne des centaines de fois plus ?

Je suis soulagé parce que nous n'avons plus le poids de la honte de ce président sur les épaules, nous n'avons plus le poids de ses décisions cruelles sur le dos, nous n'avons plus la peur que nos frères et sœurs soient pourchassés dans les écoles ou dans la rue pour faire du chiffre de renvoi en charter, nous n'avons plus la peur de l'impunité de ceux qui font circuler les valises de billets, nous n'avons plus la peur de voir se désagréger complètement le service public sous son impulsion propre.

Nous n'avons plus que le poids du Monde, et du Monde libéral, sur les épaules. Nous savons que le président actuel a déjà renoncé à prendre les mesures pour nous en protéger totalement. Mais nous sommes déjà soulagés de ne plus avoir Sarkozy sur les épaules. Et nous voilà décidés à nous battre. Nous sommes suffisamment pour porter le monde et trouver les moyens de vivre ensemble dignement. Nous n'avons pas besoin de dirigeants providentiels. Nous avons besoin de retrouver confiance en nous, le peuple, et la première étape est de combattre sans pitié les affirmations de l'extrême droite partout où nous les entendrons, et de chercher les moyens, comme la Laïcité, pour vivre tous ensemble sans chercher un ennemi parmi nous.

Une nouvelle séquence politique commence. Elle commence par des élections législatives. Nous n'avons plus peur maintenant, l'épouvantail est parti. Nous voulons des salaires dignes, des logements dignes, une occupation dans la société qui nous y fasse jouer un rôle. Et nous voulons aussi avoir le droit et le temps d'éduquer nos enfants, de passer du temps en famille et avec des amis, d'être amoureux-se-s, et de vivre en plus que de survivre. Et pour obtenir tout cela, nous devons nous battre, et exiger tous ensemble cela, sans exclure personne de notre dessein.

Vous savez tous que je milite au Front de Gauche. Le Front de Gauche est un outil. J'appelle tou-te-s les français-es, quelles que soit leur origine, leur apparence, leur religion ou non-religion, leur statut personnel, à se saisir de cet outil de combat, à sortir de l'ombre, à redresser la tête, à sourire, et asséner des coups supplémentaires (politiquement) à tous ceux qui veulent les enfoncer dans la misère sous prétexte qu'on ne peut pas y faire grand chose. Ces coups, nous devons les donner par le vote, par les candidatures, par les manifestations, et en les regardant droit dans les yeux, avec fierté et dignité et sans violence.

Non, je ne veux pas la liberté toute seule, ni l'Égalité toute seule. Je veux la Liberté, l'Égalité et la Fraternité ensemble ! Je veux la République Sociale.

Je vais reprendre les propos de Sarkozy : "Ne soyons pas ce qu'ils disent que nous sommes". En général, il disent que nous sommes violents. Mais la violence, ce sont ces propos et les autres, la violence c'est de dire qu'on a voulu nous protéger et qu'on est chaque jour plus malheureux alors que les puissants décideurs se goinfrent et trouvent ça normal "parce qu'ils travaillent" (mais à notre perte). Nous ne seront pas violents, mais impitoyables.

Le Front de Gauche a réalisé un beau score dans une ambiance de peur. Mais nous n'avons plus peur. Amplifions le résultat. Vive le SMIC à 1700 euros ! Vive la retraite à 60 ans à taux plein ! Vivent les services publics ! Vive la 6ème République ! Vive le peuple européen !

mercredi 19 octobre 2011

Un interview résumant bien la situation

J'ai trouvé ce long article particulièrement intéressant et en conséquence je diffuse son texte, il résume bien la pensée du Front de Gauche au démarrage de l'année et de la campagne.

C'est un article de mediapart, je cite ses auteurs et ma source donc. Bonne lecture, n'hésitez pas à le diffuser !

Mélenchon ravi d'être face au «grand bol d'eau tiède» Hollande

18 OCTOBRE 2011 | PAR STÉPHANE ALLIÈS ET LÉNAÏG BREDOUX

Il savoure d'avance la bataille. La large victoire de François Hollande à la primaire socialiste réjouit son ancien camarade, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle. Lui promet un «débat exigeant» et une accélération de sa campagne dans les prochaines semaines. Au programme: la mise en place «d'assemblées citoyennes» et les ventes du livre-projet L'Humain d'abord, déjà diffusé à 220.000 exemplaires. Son équipe de campagne est présentée ce mardi. Strictement paritaire, elle doit refléter la diversité du Front de gauche, qui regroupe désormais six formations de la gauche radicale. Entretien.

Au lendemain de la victoire de François Hollande, quelle analyse tirez-vous de cette primaire?

Jean-Luc Mélenchon. Il y a des aspects très paradoxaux. Les primaires ont créé de la politisation et réveillé l'appétit de débat politique. C'est positif. Une partie de la mouvance de gauche s'est déplacée pour voter, y compris parmi les nôtres et malgré nos consignes de ne pas y participer. Mais il y a des aspects moins positifs avec le siphonnage médiatique qui débouche sur une fermeture du champ politique. Car même si deux ailes se sont distinguées autour de Valls et Montebourg, on a assisté à une discussion qui est restée à fleurets mouchetés entre pareil et même.

Passons à la suite. On a eu la primaire, très bien. A présent passons aux assemblées citoyennes! Notre rôle est maintenant de souffler sur les braises pour que l'incendie de la rébellion se propage. Ce n'est sûrement pas d'aller faire des déclarations sectaires en contemplant le reste du monde depuis notre donjon.

Comment expliquez-vous le score réalisé par Arnaud Montebourg au premier tour?

C'est un événement incroyablement favorable. Cela a été l'imprévu et la superbe nouvelle. Car si le siphonnage médiatique du débat a eu tendance à rabougrir la discussion politique, la présence de Montebourg a élargi la légitimité du Front de gauche et désenclavé notre discours. C'est un apport considérable: au lieu de nous éliminer du tableau, l'inverse s'est produit. La politique doit d'abord être vécue comme la construction d'espaces culturels: de ce point de vue, l'espace culturel de l'autre gauche a réaffleuré à la surface. Et c'est très bon pour nous.

Par ailleurs, sur le résultat, il y a une ironie mordante de l'histoire qui ne se révélera que progressivement. Car les primaires ont finalement abouti à investir l'ancien premier secrétaire qui a dirigé le parti socialiste pendant 11 ans et qui se vante d'avoir été à la tête des affaires à l'occasion de deux défaites! Après tous ces discours sur la rénovation voilà le bilan : tout ça pour ça! François Hollande a révélé le redoutable homme d'appareil qu'il est. Il a su transformer tout ce qui s'est passé depuis son départ de la tête du PS en un intermède sans signification politique particulière. Nous voilà ramenés aux conditions du débat qui ont justifié mon départ du Parti socialiste.

François Hollande est la figure emblématique de la mutation du socialisme français: il est le premier à avoir ouvert la voie clintonienne des prétendus « modernisateurs », dont Tony Blair a été la figure de proue européenne. Le débat sur la grande question de l'orientation à gauche, entre une ligne démocrate et une ligne de combat qui est désormais incarnée par le Front de gauche, va pouvoir avoir lieu.

C'est passionnant! Car ce n'est pas un débat entre deux personnes:il touche à l'identité de la gauche et, plus généralement, du pays. Avec l'aggravation de la crise, ce n'est plus une confrontation théorique abstraite mais une question d'actualité: que fait-on à gauche une fois au pouvoir? Le premier ministre grec Papandréou ou moi?

Pendant la campagne des primaires, la force de Hollande est de s'être ostensiblement limité au service minimum de gauche sans broncher, avec un magnifique sandwich au pain et un très grand bol d'eau tiède. Il a ramené tout le programme de la gauche à deux amuse-gueules: 60.000 emplois dans l'éducation nationale et le contrat de génération, c'est-à-dire la culpabilisation de tout travailleur de plus de 50 ans, prié de se demander ce qu'il fait là puisqu'il doit aider un jeune à prendre sa place...

Dans votre livre En quête de gauche, vous évoquez François Hollande en des termes peu amènes. Vous parlez d'un «sophiste raffiné» et de son «balancement circonspect, figure centrale de l'enseignement de l'ENA»...

Je ne m'étais pas trompé! Et cela confirme une chose: en politique, des personnages et leurs orientations correspondent à des moments. Je ne pourrais pas être le porte-parole du Front de gauche et je ne serais pas crédible avec notre programme si je n'étais pas l'homme entier, parfois excessif, que je suis. C'est la même chose pour François Hollande: il est celui qui correspond le mieux à la ligne sociale-centriste.

Mais pour avoir été longtemps, au sein du PS, un de ses principaux opposants et pour avoir remarqué sa capacité à éviter les affrontements idéologiques, ne craignez-vous pas de l'affronter lors de la campagne à venir?

Mais non c'est l'inverse! François Hollande est le candidat qui clarifie le champ politique. Dès qu'il apparaît sur la scène, le Front de gauche réoccupe mécaniquement une position centrale dans l'espace idéologique traditionnel de la gauche, au lieu d'apparaître comme le M. et Mme Plus dans une logique de surenchère. Pour moi, la situation est plus simple désormais.

Prenons l'exemple du nucléaire. Jusque-là, nous étions perçus, avec notre projet de référendum, comme ceux qui ne parvenaient pas à trancher. Nous sommes désormais centraux entre les pète-sec – les écologistes – et "M. Je ne fais rien" – François Hollande. Même chose sur les licenciements boursiers: Hollande veut les rendre plus chers. Nous, on veut les rendre impossible! Ou bien un licenciement est justifiable par des raisons économiques ou de personnes, ou bien il ne l'est pas, et il doit être rendu impossible!

Il est pourtant difficile de prédire aujourd'hui quelle campagne fera François Hollande. Il peut s'ancrer davantage à gauche, ou donner un espace important à Arnaud Montebourg. Quel serait alors votre espace?

Oui, ce sera compliqué. Il peut tout nous arriver. On peut être effacé en route. Je ne vois pas comment. On peut aussi être effacé au dernier moment parce que surgira un événement qui bouleversera tout. Mais à l'inverse, Hollande peut être éjecté du processus parce qu'au centre, il y a déjà un occupant. C'est M. Bayrou.

J'ai toujours dit que la prochaine présidentielle ne ressemblera à aucune autre. Même si les gens se calment, ce sont les événements qui s'accélèrent. A la compétition des personnes s'ajoute une modification permanente de la scène. Les grands présents d'il y a cinq mois ont aujourd'hui disparu: Olivier Besancenot et Dominique Strauss-Kahn. On a aussi assisté au théâtre de boulevard autour de l'entrée et la sortie de Jean-Louis Borloo. A gauche, nous ne sommes plus que cinq candidats: c'est le niveau le plus bas depuis 1995. Et si Philippe Poutou pour le NPA n'obtient pas ses signatures, nous ne serons plus que quatre: ce serait un record du petit nombre! Donc l'argument de la dispersion ne fonctionne pas cette fois...

Dans le résultat de la primaire, on voit pourtant que l'effet vote utile a déjà fonctionné...

A nous de faire la démonstration que le vote utile, c'est nous. C'est tout l'enjeu de la campagne! Si j'arrive à prouver que le vote utile est celui qui assume la confrontation avec le système financier, qui veut transformer les institutions et organiser le partage des richesses, j'ai gagné. Sinon, Hollande l'emportera. Mais le jeu est très ouvert.

Dimanche soir, les partisans de François Hollande ont affirmé que le score de leur champion était lié à son plaidoyer pour une gauche «apaisée». Ne sentez-vous pas un besoin d'apaisement?

Je n'en crois pas un mot. Depuis Giscard, on sait ce que vaut le coup de la France décrispée. Les décrispeurs crispent tout le monde! Les gens vivent une souffrance incroyable. Le problème de la gauche est de savoir comment parler aux millions de gens qui pensent que tous les politiques sont pareils. C'est savoir répondre à l'angoisse de survie... J'étais récemment à Florange où l'usine, l'hôpital, l'école ferment... Les gens sont dans un état de prostration, ils n'entendent rien de tout ce spectacle. Plus que jamais, je pense que la politique, c'est 20% à 25% de convaincus de chaque côté avec, au milieu, une masse immense de gens qui ne se déterminera pas sur des étiquettes mais sur leurs impressions sur des candidats et sur les contenus programmatiques.

On est dans une période où il va falloir contraindre au partage et affronter un système financier devenu fou et insatiable. L'Espagne vient de voir sa note dégradée, ce sera bientôt la France. Tout le monde sera mis au pied du mur et devra choisir: céder ou combattre? La centralisation du Front de gauche dans l'espace de gauche m'aide beaucoup à mieux maîtriser le déroulement de la suite. Pour l'instant, je me contente de renouveler mon offre publique de débat aux socialistes.

Mais vous disiez, toujours dans votre livre, qu'il était impossible de débattre avec lui, qu'il représente «l'effacement des contradictions qui traversent la société, l'effacement de la notion même d'affrontement»?

Cette fois, il va bien falloir qu'il l'accepte. Il n'aura pas avec moi un interlocuteur complaisant. Je reconnais cet homme comme un personnage intelligent, cultivé, qui a des choses à dire. Il ne pourra pas faire une collection de calembours et trois vannes à deux balles. Ça, c'est possible dans le secret des conseils nationaux du parti socialiste.

Devant tout le monde, il devra répondre oui ou non à la VIe République. Est-il favorable à une assemblée constituante? A augmenter le Smic? Lors du débat, Hollande a dit qu'il voulait augmenter le Smic de la moitié de la croissance de l'année. Or, avec l'inflation, cela veut dire qu'en 2010, il donnerait moins de salaire que Nicolas Sarkozy!

Il ne lui suffira pas non plus de répondre en martelant la "crédibilité". Mais quelle est la crédibilité d'une relance de l'économie avec des salaires et des recettes de l'Etat qui ne bougent pas? Que nous propose-t-il à part la politique qui s'applique dans toute l'Europe, de restriction des dépenses publiques et de contraction des salaires? Il faudra avoir avec François Hollande un débat exigeant.

Voulez-vous faire de la question salariale un thème central du débat en 2012?

J'y ai intérêt. La question centrale est bien celle du partage des richesses. Il faudra donc parler des salaires. C'est le vieux sujet tabou de la résignation: c'est toujours trop. Quand je propose un Smic à 1.700 euros, j'en vois qui sont à la limite de défaillir. Or c'est juste l'augmentation qu'on a fait passer en 1981. Et c'est moins que ce qu'on a fait en une nuit en 1968. C'est dire la régression dans la compréhension de la centralité de la question du partage des richesses...

Entre les 17% d'Arnaud Montebourg et l'aile gauche du PS autour de Benoît Hamon, espérez-vous des ralliements, à tout le moins, des voix en plus?

Evidemment. Je ne parle pas des cadres car la dimension de carrière joue un rôle important. Je n'ai pas de places à offrir et je n'ai pas d'argent. Mais dans le peuple de gauche, il me faudra convaincre. La partie sera rude mais beaucoup de gens sont potentiellement sur le même terrain que moi. Jusqu'à la fin de l'année, notre enjeu est de conquérir la sympathie, la reconnaissance et la légitimité sur les cadres intermédiaires de la gauche. Je parle des milliers de leaders syndicalistes et de leaders associatifs. Ces gens-là ne se laisseront pas attraper avec du vinaigre. La légitimité et l'autorité du Front de gauche vont donc s'étendre.

Au-delà, on a vu des partisans du Front de gauche, comme le conseiller général Patrick Viverge faire la campagne d'Arnaud Montebourg. A terme, espérez-vous une recomposition à gauche?

Evidemment. Je ne travaille qu'à cela. Je veux un autre cadre pour le pays. Et le score que je ferai bouleversera la donne. Mais, pour l'instant, je ne m'agite pas. Les socialistes entrent dans leurs investitures pour les législatives: le PS a une grande maîtrise de ce genre de calendrier. Le vainqueur va évidemment dépouiller les vaincus, dont les circonscriptions seront réservées aux femmes, ou aux alliés. Laissons passer ce moment-là mais, déjà, je sens que cela bouge.

Quand j'étais au PS, en 2007, on a avalé le résultat qui nous choquait mais on a essayé d'être utile dans la campagne de Ségolène Royal. Mais il y avait une telle distance entre la candidate et la masse des socialistes organisés que la machine grippait sans arrêt. Ce ne sera pas le cas de François Hollande. Il est l'homme de l'appareil, il connaît la maison comme personne. Un homme capable de recycler Robert Navarro recyclera tout le monde. Et puis il va pleuvoir des titres: quand il était premier secrétaire, il y avait plus de monde au secrétariat national qu'au bureau national! Avec toutes sortes de gens dans la pièce... J'en ai même connu une qui assistait aux réunions du BN et qui n'était pas membre du Parti socialiste! C'est dire le niveau de dilution qui régnait.

François Hollande est l'homme de cette mouvance bazardifiée. Mais cela ne convient pas à ce que des milliers de gens sincères mettent dans l'engagement politique. Je le sais. J'ai déjà fait une répétition générale de ce genre de campagne: c'est ma campagne dans le grand sud-ouest aux européennes.

En quoi cette campagne de 2009 était une répétition générale?

Les gens d'appareil oublient que la gauche est faite de gens de gauche. Ils ne sont pas prêts à avaler n'importe quelle combine politicienne. Et même au-delà: lors de cette campagne, des socialistes ont voulu me donner un coup de main. Parce qu'ils me voyaient comme l'un des leurs et qu'ils ont dans le cœur les thèmes que je porte.

Des socialistes ont fait votre campagne?

Oui, ils ont distribué des tracts, collé des affiches... et désorganisé le dispositif des autres en ne faisant rien! Ne perdez pas de vue que je suis de culture socialiste. Je viens de ce courant. En dépit de tous les efforts que des dirigeants pour me ringardiser ou me guignoliser, cela n'a servi à rien. Au contraire: mon espace politique est élargi et, aujourd'hui, les choses deviennent plus simples. Chacun est à sa place, dans son discours et son authenticité.

Vous présentez ce mardi votre équipe de campagne. Comment espérez-vous pouvoir vous «enraciner» comme vous le souhaitez pour convaincre?

Mon affaire est séquencée jusqu'à la fin de 2011. On sort des primaires plus forts, plus tranquilles. Novembre, pour nous, doit maintenant être le mois où on va faire jouer les muscles. On va organiser des ventes de masse du programme et les premières assemblées citoyennes.

Depuis le début du Front de gauche il y a trois ans, vous parlez d'assemblées citoyennes. Mais pour l'instant, on n'en a pas vu la réelle efficacité.

Au départ, cette idée partait d'une intuition. Ce qu'on sentait à l'époque, c'est la révolution qui a éclaté dans le Maghreb et le mouvement des indignés. Nous sommes dans une situation de type pré-68 avec la même vague universelle, mais avec des contenus différents. Aujourd'hui apparaît une masse de jeunes salariés frustrés qui entraînent d'autres franges de la population.

En France, l'effet "indignés" est atténué par la proximité de l'élection car, à tort ou à raison, les gens se disent qu'ils vont régler leurs comptes à cette occasion. Sans compter qu'en France, au contraire de l'Espagne, les syndicats ne sont pas disqualifiés.

Les assemblées citoyennes doivent permettre que les gens investissent le champ des problèmes politiques sur le mode de 2005, en plus large. C'est la formule algébrique. Après, la formule arithmétique est plus difficile à trouver. Car certaines assemblées citoyennes ressemblent déjà davantage à des comités de soutien électoraux qu'à un soviet! Parfois, cela ressemble à un collectif anti-libéral et, parfois, c'est le tout-venant avec des gens qui ont participé aux primaires...

Nous essayons d'être collés au terrain avec l'idée que la marée va monter. Il ne faut pas faire une campagne à l'ancienne avec seulement des tracts, des affiches et pour seul slogan, "votez pour mon candidat, il lave plus rouge que les autres".

Pourquoi?

Parce que cela ne correspond plus du tout au moment politique. Si vous dites "faites moi confiance", les gens disent "mon œil".

Mais quand vous allez voir des ouvriers, à la Fonderie du Poitou Alu par exemple, vous remarquez bien à quel point ils peuvent être éloignés du Front de gauche...

Parce que la société est atomisée de mille et une manières. Avant, il y avait des liens, l'Eglise, le parti et les institutions communes. Tous les hommes allaient à l'armée... Tout cela a explosé. Mais aussi tous les identifiants politiques communs. La nation est devenue une affaire réservée à quelques-uns; la gauche et la révolution sont inconnues au bataillon et le capitalisme est le régime d'Etat. Donc oui, on est loin. Et c'est une poudrière.

La stratégie de votre campagne sera de taper sur les socialistes, sur la droite, ou sur Marine Le Pen?

La droite, bien sûr. Les contenus vont tout régler. Les gens ne supportent pas qu'on dise du mal des personnes. Aujourd'hui, personne n'aime Sarkozy mais il ne faut pas s'y fier. Rappelez-vous ce qu'on disait de Chirac ou de De Gaulle. Tout le monde était anti-gaulliste, sauf les électeurs. Cette fois, c'est pareil. Cela ne suffira pas. Mais cela devient plus simple dès lors qu'on évoque les contenus.

Par exemple, à Florange, on m'a demandé si j'étais d'accord pour interdire au Front national de participer à la manifestation. Spontanément, je n'avais aucun problème. Mais il fallait l'expliquer rationnellement. Un syndicaliste m'a expliqué qu'il n'en voulait pas car le FN venait les diviser. Voilà, c'est simple: cela part des contenus, pas de l'étiquette ou de la diabolisation. Je ne vais pas discuter de savoir si le MoDem, c'est mal parce que M. Bayrou a gouverné avec la droite. Même si cela signe un pedigree! Je vais dire que je suis contre la TVA sociale dont M. Bayrou est partisan. Les contenus dénouent toutes les questions politiciennes. Il ne faut jamais faire de querelles de personnes.

Pour François Hollande, j'aurai aussi plein de choses à dire sur son rapport à la classe ouvrière et les rapports de force sociaux. Quand on est socialiste, on n'est pas là uniquement pour organiser le bal mais aussi pour dire sur quelle musique on danse. Hollande a proposé de mettre dans la Constitution le fait que le contrat soit au-dessus de la loi. Mais sa République contractuelle n'est pas la République française, une et indivisible! C'est un bouleversement de l'ordre juridique français. Et qui a des conséquences concrètes: pour un syndicaliste, cela signifie qu'il est abandonné au rapport de force avec son patron.

Est-ce envisageable de faire un accord de gouvernement avec François Hollande?

Il va y avoir un débat. Dans une campagne, on ne descend pas de la montagne avec ses tables de la loi qu'on révèle. Il y a des étapes. Là, on est dans la semaine de l'épectase de François Hollande. Moi, je n'ai rien contre lui, je n'ai pas de compte personnel à régler avec lui. Même s'il n'a pas été très régulier avec moi. Ce n'est pas une affaire de personnes. Mais là, c'est vraiment trop beau comme débat.

Quand vous entendez François Hollande se revendiquer de plus en plus de François Mitterrand, cela vous donne-t-il envie de lui contester cette filiation?

J'ai gagné mes galons il y a longtemps et je n'ai pas de leçons à recevoir. Celui qui a rassemblé à nouveau des pièces et des morceaux des socialistes avec des communistes, c'est moi. Hollande, lui, est en train d'expulser, une nouvelle fois, du camp de la gauche des gens qui devraient y avoir leur place. Au profit d'alliances hasardeuses avec M. Bayrou. Mitterrand avait une très bonne formule à ce sujet: «Ils ne sont ni de gauche, ni de gauche.» Hollande veut une alliance avec eux: à nous d'empêcher ce désastre d'être consommé. Périssent ceux qui s'y abandonnent.

En réalité, le choc entre Hollande et moi, c'est celui de la gauche contemporaine. Comme à l'époque l'affrontement entre Blair et Jospin. Aujourd'hui, c'est saluer le courage de Papandréou en Grèce ou c'est dire, comme moi, qu'il est un lâche et un désorganisateur de la lutte. Que feront les socialistes? Payer la dette? Petit à petit, je vais tellement secouer Hollande qu'il va être obligé de bouger. Je vais essayer de l'arracher à ses atavismes. Et plus il lâchera, plus il me renforcera. C'est mon raisonnement. C'est ma stratégie de conquête du pouvoir et de l'hégémonie à gauche.

Ensuite, on arrivera à l'épisode numéro trois: fait-on quelque chose ensemble? Le Front populaire est une série d'événements que personne n'a contrôlés. Il y avait un accord électoral qui prévoyait un gouvernement des radicaux, les socialistes apportant l'appoint. Finalement, ce fut l'inverse! Cette année, les événements politiques et sociaux seront-ils synchrones? Si tel est le cas, l'élection sera extrêmement volatile.

L'entretien a eu lieu à Paris lundi pendant plus d'une heure. Il a été relu et amendé à la marge par Jean-Luc Mélenchon.

BC

vendredi 7 octobre 2011

De retour...

En ce début d'octobre, je me rends compte que j'ai été particulièrement absent pendant une année entière, pour des raisons personnelles, notamment l'incendie de ma maison le 25 août 2010... Mais ce n'était pas la seule raison, j'ai aussi eu une réorientation professionnelle qui m'a pris beaucoup de temps.

Pendant la dernière campagne des cantonales, je n'ai pas repris ce blog, et pourtant j'étais candidat. Cela ne m'a pas empêché de faire campagne, bien sûr. Une campagne très collective, qui m'a demandé d'être particulièrement concentré sur ce que nous faisions ensemble, Parti de Gauche et Parti Communiste, ainsi que de nombreuses personnes non "encartées" sur le canton de Torcy. J'ai un très bon souvenir de ces moments, et de ce que nous avons accompli avec Marie-Luce Nemo. Nous avons réussi à constituer un vrai binôme à égalité. Nous avons ensemble rétabli la tradition du débat républicain avec nos adversaires politiques, les candidats de l'UMP, qui ont été assez gonflés pour relever le défi qui nous leur avions lancé.

Nous avions fait une première conférence de presse annonçant le débat. Cette conférence de presse a aussi inspiré cet article. Puis une deuxième à Bussy Saint Georges, rendue nécessaire par la publication de nos préconisations pour Bussy dont la situation financière est toujours catastrophique. Le débat adonné lieu à un certain nombre d'articles dont celui-ci.

Voici les différents tracts que nous avons édité à l'occasion. Bref, énormément de travail, un travail d'équipe qui a été remarqué par tous.

Le travail paye, nous allons continuer, car l'enjeu est extrêmement important pour tous les précaires de France, et pour chacun d'entre nous. Nous devons convaincre que battre la droite à la prochaine présidentielle ne suffira pas pour que la pression sur les salariés et les précaires s'arrête. Il faut s'assurer qu'une autre politique soit vraiment mise en place, une politique d'affrontement avec les logiques financières et marchandes. Pour nombre d'entre les français, c'est un saut dans l'inconnu que de se dire que l'on veut changer de système économique. Rappelons tout simplement que pour chacun, ce sont les aspects concrets de la vie qui vont nous montrer le chemin. Je développerai cela dans un prochain billet.

samedi 20 novembre 2010

Au congrès du Parti de Gauche

Aujourd'hui je suis au congrès de mon Parti au Mans. Pour tous les militants, c'est toujours un grand jour que celui d'un congrès national. C'est un lieu de rencontre, de débat, on en sort souvent plein d'énergie et d'envies, et comblé de savoirs précieux sur le fonctionnement d'un groupe aussi imposant, les confrontations - au sens noble - entre les divers intérêts qui s'y croisent, et heureux lorsqu'elles se déroulent avec la volonté unanime de parvenir à être plus forts et rassemblés en sortant qu'en entrant - si c'était possible.

C'est tout cela à quoi j'assiste. La politique est toujours difficile pour tous, depuis deux ans nous fabriquons un nouveau parti. Nous travaillons ardemment à rassembler l'Autre Gauche, celle qui n'a pas renoncé à lutter. Faire tout cela avec des personnes qui ne se connaissaient pas au départ est un défi fantastique. L'entreprise est ardue. Nous avons pour projet de changer de régime économique, de stopper l'épuisement de la société par la financiarisation, de revenir à des logiques qui soient décidées par des moyens démocratiques dans l'entreprise et la société. Mais l'Histoire nous apprend que l'objectif commun de changer de régime économique ne garantit pas que d'autres dominations se mettent en place dans les rapports entre les êtres humains. Les débats sont donc vifs et passionnants. Et pour la première fois depuis longtemps je ressens que ces débats se déroulent dans le respect des uns et des autres, à quelques rares exceptions près.

Tout cela donne envie de continuer. Lorsque je vois les militants qui nous ont rejoint il y a peu avoir cette envie d'action, de réflexion, d'organisation, cela fait chaud au cœur. C'est valable localement, sur Torcy comme en Seine et Marne. En deux ans, nous avons beaucoup progressé. En deux ans, nous avons participé à toutes les manifestations, aux élections européennes et régionales. Nous avons fait du porte à porte, organisé des débats, récemment sur le travail du dimanche par exemple, avec nos partenaires du Parti Communiste. Nous participons ardemment à la bataille contre la "réforme" des retraites, qui n'est pas terminée.

Il y a deux ans, un groupe important quittait le Parti Socialiste en disant : "ça suffit comme ça". Deux ans plus tard, nous organisons un mouvement écologiste, socialiste (au sens historique du terme) et républicain qui est une alternative crédible à la droite à condition de créer une dynamique de rassemblement importante au sein de toute l'autre gauche, comme cela s'est déjà déroulé. Si vous ne savez pas faire en sorte qu'on puisse partir à la retraite à 60 ans à taux plein après 37,5 annuités, nous saurons le faire. Si vous ne savez pas comment mettre en place une planification écologique, un partage des ressources et un accès à tous au logement et aux moyens élémentaires de subsistance, nous saurons le faire. Si vous ne savez pas comment faire autrement que de donner la distribution de l'eau ou de l'énergie à des multinationales privées, nous saurons le faire.

Lorsque je rentrerai, nous pourrons reprendre le travail local, avec toute une énergie collective emmagasinée et transmissible.

Rendez-vous très bientôt si vous voulez en savoir plus.

vendredi 11 juin 2010

Beaucoup d'injustices passent inaperçues dans le flot de l'actualité

J'ai souvent dit que je ne prendrais pas l'actualité comme moyen d'écrire ce blog, ce qui a plusieurs avantages, et autant d'inconvénients. Le premier avantage, c'est de se permettre une structuration de pensée qui ne suive pas le flot des dépeches AFP reprises parfois sans même un commentaire par les "grands médias", avec leur propre hiérarchie (si vous voyez ce que je veux dire) et surtout une façon d'expliquer ce que l'on doit penser de l'économie et de la justice sociale qui rendrait n'importe quelle personne uniquement branchée sur ce flot la première partisane des poncifs habituels de la droite la plus réactionnaire.

L'inconvénient, c'est que lorsque l'on est pris soi-même dans l'action, il y a peu de temps pour réfléchir et encore moins pour publier si l'on souhaite s'imposer une réflexion en dehors des sujets qu'on nous impose.

J'ai donc décidé aujourd'hui d'un intermédiaire. En effet, deux faits ont défrayé la chronique récemment (si, si...) et leur association me permet de penser à une de mes anciennes lectures que je vous recommande.

La premier fait est la béatification du prêtre polonais Popieluszko, prêtre enlevé et assassiné par la police secrète polonaise en octobre 1984. Le second est le passage, presque au même moment, à Paris, de Noam Chomski, pour laquelle ma camarade Dominique Levrier fait une "revue de clics" ici.

Il se trouve qu'il y a quelques années, j'ai acheté par hasard, et sans connaitre Chomski, un ouvrage de lui intitulé "La Fabrique de l'Opinion Publique". Dans un de ses chapitres, N.Chomski montre comment les médias américains traitent de façon particulièrement asymétrique (doux œphémisme) les assassinats de religieux selon qu'ils sont perpétrés par la police des successeurs de Staline dans les pays du pacte de Varsovie ou par les milices des dictateurs d'extrême droite financées par les Etats Unis dans les pays d'Amérique du Sud...

Le cas Popieluszko est particulièrement emblématique. Dans le NY Times, par exemple, lorsque 7 articles parlent des 23 religieux tués au Guatemala entre 1980 et 1985, jamais à la une, 100 parlent de Popieluszko, dont 10 à la une et 3 éditoriaux, dans les 18 mois qui suivent sa disparition.

L'asymétrie de traitement est quelque chose que l'on retrouve dans de nombreux faits jusqu'à maintenant. Lors des événements de 2005, lorsque des milliers de personnes sont descendues dans les rues en France, c'était le sujet principal de discussion. Pourquoi lorsqu'une personne meurt de soif dans un pays lointain (plusieurs dizaines de milliers par jour), on n'en parle jamais, alors qu'au moindre décès accidentel d'un occidental on nous demande de pleurer toutes les larmes de notre corps ?

En voyant la béatification de Popieluszko, j'ai eu une pensée pour tous les morts oubliés de la répression sud américaine et de l'opération Condor. Non pas qu'il faille mépriser celle de Popieluszko, l'oublier, ou la trouver moins horrible. Mais qu'il y a eu suffisamment de personnes qui ont pensé à lui, et si peu pour les autres. Donner toute ma priorité aux autres, comme aux morts de soif quotidiens, c'est essayer de rétablir l'équilibre et la justice.

C'est pour cela que le 11 septembre je ne parle que de Salvador Allende et du 11 septembre 1973. Car toutes les pensées des médias occidentaux sont tournées vers ground zero et qu'il n'y a plus un mot pour la Moneda, ce qui fait que j'ai la sensation qu'on l'assassine encore et encore chaque année en voulant faire disparaitre sa mémoire. Et jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli, ce n'est que Justice.

samedi 20 février 2010

Pour le droit à "troubler la tranquillité" du gouvernement !

L'article 2 de la LOPPSI, projet de loi sur la sécurité intérieure, accentue encore les restrictions à la liberté d'expression. Nous, militant-e-s du Parti de Gauche et citoyen-ne-s engagé-e-s, voulons garder notre devoir d'alerte, notre droit de citoyen-ne-s à interpeler le gouvernement, en portant un masque à l'effigie de Sarkozy, une pancarte "casse toi pauv'con" ou encore en criant "Sarkozy je t'ai vu !"

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Délinquants solidaires, nous revendiquons le droit à "troubler la tranquillité" de celles et ceux qui chaque jour "troublent la tranquillité" du peuple par leurs attaques incessantes contre l'intérêt général, les services publics et l'emploi. Nous publions donc aujourd'hui simultanément sur tous nos sites et blogs le même billet, assumant d'entrer ainsi en résistance à une loi qui muselle un peu plus les expressions de solidarité et de citoyenneté, afin que la voix de la population puisse se faire entendre haut et fort !

Art. 222-16-1. – Le fait de faire usage sur un réseau de communications électroniques, de l’identité d’un tiers ou de données de toute nature permettant de l’identifier, en vue de troubler la tranquillité de cette personne ou d’autrui, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

lundi 2 novembre 2009

L'union est un combat, menons le jusqu'au bout !

J'en profite pour vous faire connaitre ce communiqué du NPA, si vous voulez de l'espoir. L'espoir est là et tous les médias sont arcboutés contre, cherchant les failles des uns et des autres, publiant des déclarations qui n'ont rien à voir avec le véritable état des discussions et tirant parti du moindre mot de travers ou de la moindre réaction dissonnante. Cela montre que l'enjeu est vraiment important et je n'ai aucun doute que toute l'autre gauche en a conscience et ne se laissera pas détourner de son chemin.

Dans les semaines à venir, attendez-vous à de nombreux articles expliquant que "rien ne va plus entre les partis qui auront fait alliance dans des conditions précaires et qui sont prêts à tout pour faire échouer bla bla bla... ". Nous sommes sereins et je sais que, malgré les pièges, nous parviendrons à quelque chose de réussi. Lisez bien :

Élections régionales : la discussion continue annonce le NPA vendredi 30 octobre 2009 (21h16)

Lors de la 4ème réunion unitaire du mercredi 28 octobre réunissant les partis de la gauche radicale, le NPA a pris connaissance d’une nouvelle déclaration émanant du Front de gauche qui est de nature à relancer la discussion. Si nous avions jugé négativement la prise de position du Conseil national du PCF du week end dernier, cette nouvelle déclaration présente quelques avancées. Il reste encore des points importants à discuter et à préciser, en particulier le programme et les conditions de sa mise en application. C’est pour cela qu’une prochaine réunion unitaire aura lieu le lundi 2 novembre entre les diverses composantes de la gauche radicale.

Jeudi matin, depuis l’ile de la Réunion où elle effectue un voyage, Marie George Buffet a déclaré qu’il n’y aurait pas d’accord NPA/PCF aux régionales. A moins que cela ne corresponde à une décision unilatérale du PCF, le NPA dément donc formellement cette annonce intempestive. Le NPA tiendra une réunion de son Conseil politique national (CPN) les 6 et 7 novembre prochain. Cette instance analysera la situation et formulera des choix d’orientation qui seront ensuite soumis au vote des militantes et militants du NPA dans le cadre d’une consultation nationale. Avant cela, aucune décision définitive concernant les régionales ne sera prise dans un sens ou dans l’autre.

Comité exécutif NPA

vendredi 30 octobre 2009

Progrès vers l'union de l'Autre Gauche

Vous trouverez sur ce lien un texte du Front de Gauche (PCF, PG, Gauche Unitaire) rédigé aujourd'hui.

Sans présager encore de la position que prendront les autres organisations de l'autre gauche, il représente une avancée sensible vers l'espoir d'une unité de toute l'autre gauche pour le premier test que représentent les élections régionales prochaines. Tout le monde aura compris qu'il ne s'agit pas uniquement des élections régionales, que l'avenir de la gauche ainsi que la naissance d'une réponse politique à l'oppression se joue ici.

La réunion qui a eu lieu ce soir, à laquelle ont assisté le PG, le PCF, GU, le NPA, République et Socialisme, La Fédération, le Forum Social des Quartiers Populaires, les Alternatifs, le PCOF et le MPEP, est très encourageante. Il faut donc garder espoir ! Une étape très importante est attendue pour le 10 novembre prochain.

Car le texte joint est un premier pas qui ne doit pas masquer tous ceux que font les autres organisations de l'autre gauche. Comme c'était déjà dit la fois précédente, l'enjeu nous dépasse tous, à nous tous d'être à sa hauteur. Nous avons hâte de voir se réaliser ce pour quoi nous pensons que la gauche est faite : résister, prendre le pouvoir, rétablir le peuple dans ses droits, et contribuer à construire avec lui une société qui ne laisse personne de côté.

Si vous ne lisez rien de nouveau sur ce blog depuis plusieurs mois, c'est parce que nous travaillons sans relâche, un peu le nez dans le guidon... Cela en vaut la peine, il me semble !

mercredi 15 avril 2009

Sale temps pour les sans papiers

Depuis plusieurs années, nous sommes sur les dents, et ces derniers jours, cela s'est aggravé. La semaine dernière, c'était la semaine de régularisation de tous les sans papiers organisée notamment par l'association Turbulences.

Vendredi soir, nous avons vu un film relatant l'action au lycée Jules Ferry à Paris pour soutenir Yvan et Rachelle qui étaient menacés d'expulsion du territoire (ils disent : "éloignement" dans le langage administratif, ça permet peut-être d'atténuer la portée du geste dans l'esprit de ceux qui ont à le mettre en œuvre ?). Ces deux enfants posent une question simple : "Pourquoi n'ai-je pas droit à un environnement stable et à une éducation ?" Et lorsqu'ils sont régularisés, car c'est arrivé, voyant d'autres enfants être expulsés, ils posent la même question à l'envers : "Pourquoi j'y ai droit maintenant et pas eux ?".

Certains de nos adversaires politiques nous diront de nous adresser aux gouvernements des pays concernés. je trouve qu'il y a une contradiction énorme dans cela. Car la plupart du temps, ces personnes sont aussi des grands défenseurs de la liberté comme principe général, et de la libre circulation des capitaux et des marchandises en particulier. Mais pourquoi ne défendent-ils pas la libre circulation des personnes ? Peut-être parce qu'ils (ou que ceux qu'ils défendent) tirent leur pouvoir économique de cet état de fait. La prospérité économique de zones géographiques, et la rémunération abusive des actionnaires de façon générale, tiennent principalement au dumping social organisé. Ce dumping social organisé est permis par le fait que dans de nombreux pays la misère force la majorité de sa population à accepter des conditions de travail proches de l'esclavage, et que la liberté de circulation des personnes obligerait à donner à chacun les mêmes conditions favorables de vie sous peine d'explosion sociale. Déjà dans les pays industrialisés la misère aux portes des centres-ville et la révolte qui gronde oblige l'Etat à un maintien de l'ordre musclé qui pourrait ne pas tenir. Il suffit donc d'éloigner la misère des zones stables existant dans le monde abritant les institutions de pouvoir, de rendre ces institutions inatteignables (G20 récemment, bourses occidentales, sièges de multinationales...), par la force s'il le faut, et le tour est joué.

Tout cela se résume par la question de Rachelle, une fois qu'elle a obtenu, grâce au rapport de force, d'être une exception à la règle : "Pourquoi j'y ai droit et pas les autres ?"

Le samedi, parrainage d'une dizaine de personnes à la mairie de Torcy. Mon filleul, Victor, est arrivé en France juste après ses 13 ans. Il a eu une scolarité qui l'a amené au bac, puis essaie de suivre un BTS, dans la peur d'être renvoyé dans son pays d'origine où il n'a plus d'attache. Il a 20 ans. Une semaine plus tard, des vigiles contrôlent ses papiers à l'entrée d'un parc d'attraction bien connu, marchand de rêve à Marne La Vallée. Pourquoi les vigiles ont-ils le droit de contrôler les papiers ? Mais passons. Il est maintenant au centre de rétention du Mesnil Amelot, et attend le jugement du recours qu'il a fait au Tribunal Administratif pour contester son arrêté de reconduite à la frontière (APRF). Il a des chances au jugement, il était en train de monter un dossier qu'il était presque prêt à déposer en préfecture pour obtenir une régularisation. Nous allons le soutenir avec ses autres parrains. Mais si le jugement n'est pas favorable, il pourrait être reconduit à tout moment.

Comme je le disais, la circonstance la plus aggravante est que, sur les lettres que reçoivent les personnes leur indiquant leur statut d'indésirable sur le sol français, il y a en en-tête : "République Française, Liberté-Égalité-Fraternité". Comment faire cela au nom d'un idéal qui prône exactement le contraire ?

Voilà pour conclure un texte que je souhaitais faire lire à la cérémonie de parrainage de Victor, écrit à la suite d'un concours de l'association "filles et fils de la République", concours qui impose le titre. Cela résume bien mon état d'esprit :

UN PAYS ÇA VEUT DIRE

Un pays ça veut dire qu'il y a le mien et le tien

Certains disent : "Ma maison", et : "Ta maison". Ça veut dire qu'ils s'en foutent que t'aies pas de maison.

Certain disent : "Mon pain", et : "Ton pain". Ça veut certainement dire qu'ils s'inquiètent de ta santé, tu pourrais prendre trop de poids si tu prenais goût au blé...

Certains vont aussi jusqu'à dire : "Mon sang", et : "Ton sang", surtout parce qu'ils ont jamais vu la couleur du leur (ils le pensent bleu), alors que ton sang ils l'ont déjà vu plein de fois à la télé.

Il a la couleur de la révolution.

Je ne t'apprends rien, ils ont la trouille de la révolution.

Un pays ça veut dire un peu tout ça à la fois, C'est pour ça qu'on a inventé la République. La République, c'est à tout le monde Elle ne se partage pas avec un couteau, ni un canif, ni un gros truc de boucher, sinon c'est fini, elle est morte.

C'est notre maison, construite grâce à notre pain, et avec notre sang versé, à tous les deux, rouge cerise, presque noir à l'air libre,

Et cette République, aucun « pays » ne nous la prendra.

dimanche 29 mars 2009

Le Front de Gauche en Seine et Marne

Chers lecteurs et lectrices, voici un communiqué de presse qui a été rédigé suite à la conférence du même nom de jeudi dernier. En attendant que je mette en ligne les sons de la manifestation du 19 mars et que je vous parle un peu de la manifestation du 23 mars à Lagny, voici ces quelques lignes rédigées en commun avec le Parti Communiste. J'espère qu'elles vous plairont.

Le voici.

lundi 2 février 2009

Le bonheur, c'est simple comme une photo

Pardonnez moi, mais cela fait tellement de bien ! On en a tellement besoin !

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vendredi 23 janvier 2009

Ce qui me ferait quitter le PS si j'y étais encore

Je ne résiste pas à vous produire le long travail de conversion vidéo que j'ai pu faire ces derniers temps afin de vous présenter sans coupure les discours respectifs de M.Aubry et de Mr Socrates, respectivement 1ere secrétaire du PS français et premier ministre socialiste du Portugal, lors du conseil du PSE adoptant le "manifesto". La video démarre en espagnol, 30 secondes, puis Martine Aubry parle en français, et José Socrates en englais.

Notez bien que le plus important, dans tout ces discours, c'est la dernière minute par Mr Socrates, sur les 17 que comporte la vidéo. Toutefois, le joli lapsus de Martine Aubry dans la première minute de son discours est très savoureux... Elle cite une phrase qu'elle a entendue il y a peu, qui dit "le communisme est mort il y a 20 ans, le libéralisme il y a deux mois", et en parlant de la salle qui l'applaudit, et du PES qu'elle présente comme la seule force encore valable :-), elle manque clairement de les appeler "le social libéralisme" :-) J'adore. José Socrates conclut son intervention, applaudi par Martine Aubry, en expliquant "qu'il se réjouit que le PES demande au conseil européen de tout faire pour adopter le Traité de Lisbonne", dans un anglais que l'on peut comprendre aisément...

Vous remarquez l'ironie qui consiste à clamer que l'on milite pour "une autre Europe" et à conclure qu'il nous faut impérativement adopter le Traité de Lisbonne... Pour moi, cela passe les limites de l'imposture. Car vous pouvez promettre n'importe quoi qui soit de gauche, et notamment un interventionnisme exacerbé, un salaire minimum unique et plein d'autres choses que je suis prêt à soutenir, si vous cherchez à faire passer le traité de Lisbonne, et si vous trouvez que c'est compatible, nous avons un gros problème. Car avec le Traité de Lisbonne, fini l'harmonisation, fini les services publics (et je ne dis que cela). Pour tous ceux qui ont suivi la campagne contre le Traité Constitutionnel Européen en 2005, pas la peine de réviser... L'harmonisation est interdite, purement et simplement. La concurrence est une politique de l'Union Européenne, et la concurrence entre le privé et le public est destructeur pour ce dernier, car il conduit à une socialisation des services non rentables et une privatisation de ce qui "rapporte".

Bref, n'hésitez pas à visionner cette vidéo qui a été tournée par le Parti Socialiste Européen. L'extrait que je vous présente ici est tiré de leur site, que par honnêteté je vous mets en lien ici pour que vous puissiez tout voir si vous le souhaitez. Il est à noté que vous pourrez y trouver un discours de Zita Gourmaï dont parle Jean-Luc Melenchon dans son blog (ici). Vous saurez ainsi de qui il s'agit.

vendredi 16 janvier 2009

Pour un front de la Gauche du "NON"

Pas beaucoup écrit ces derniers temps sur ce blog. Grippe en décembre, varicelle des enfants, travailler 3/2 temps pour gagner sa croûte, et construire un parti politique... Pardonnez mon besoin de sommeil au moment où ce serait habituellement l'instant d'écrire. Écrire permet de faire le point et de mettre de la distance.

Pardonnez-moi aussi de ne pas écrire ici à chaud sur l'international, je me contente d'aller aux manifestations et de soutenir tout texte qui demande l'arrêt immédiat des crimes de l'Etat d'Israël compte tenu notamment de la disproportion des moyens utilisés et de l'oppression qui résulte de la politique du gouvernement de cet Etat envers "les territoires occupés" de Gaza et de Cisjordanie. Je vous renvoie pour cela au texte signé notamment par le Parti de Gauche avec lequel je suis en accord à la virgule près.

Je souhaitais redémarrer l'année en vous exposant l'objectif principal de mon nouveau parti pour 2009. Cette année, qui ne sera bonne que pour ceux qui ont du patrimoine économique et culturel, sauf si la mobilisation politique et syndicale conduit à un recul ou un renversement du pouvoir actuel au service du MEDEF, la plus grosse occasion de montrer notre détermination et de donner le signal est de faire gagner le NON de gauche au verrouillage libéral de l'Europe lors des prochaines élections européennes de juin prochain.

Pour réussir cela, le meilleur chemin est de parvenir à construire un front commun de la gauche sur la base du refus du Traité de Lisbonne, et de l'urgence sociale. L'un ne peut pas aller sans l'autre. Comment obtenir des mesures sociales et une harmonisation européenne si le Traité de Lisbonne l'interdit ? Comment permettre l'émergence d'institutions européennes fortes et capables de sauvegarder l'intérêt des salariés quand la seule règle écrite et inviolable est celle de la concurrence et de la non ingérence de la politique dans les affaires économiques ? Comment obtenir un bouclier social alors que la crise fait rage, si la position dogmatique de la Commission Européenne est de ne surtout pas intervenir, ne serait-ce que pour sauver leur système ?

Face à la droite de la "moralisation" et la gauche de "l'aménagement", que souvent j'appelle la droite qui frappe et la gauche qui tend l'autre joue (et qui peut se le permettre car ce n'est pas elle qui souffre), il faut une véritable alternative qui se montre unie et forte. Nous savons que dans le désespoir, le peuple se tourne vers toutes les solutions qui s'offrent à lui. Sans unité du NON de gauche, le cycle qui va s'ouvrir sera très douloureux et conduira dans un premier temps à ce que les libéraux aient le champ libre. Le Front de Gauche est un projet, une occasion unique, dont l'enjeu dépasse de loin l'avenir de telle ou telle organisation. Partout en Europe, là où c'est possible, des listes doivent apparaître comme une alternative radicale, donc crédible, à l'enfer libéral que l'on nous propose. Pour cela, il nous faut un second 29 mai 2005, une mobilisation importante de chacun.

Le déclic, celui qui poussera les français à répondre présents, c'est le Front des forces de gauche refusant le Traité de Lisbonne et sa logique, le Front des forces de gauche pour une Europe Sociale maintenant. Le Parti de Gauche l'a proposé, la création du Parti de Gauche l'a rendu possible. Le Parti Communiste a voté en congrès le principe de sa participation à ce front. Il existe donc déjà. Mais la dynamique de ce Front ira beaucoup plus loin, je le répète. Il est capable d'accoucher d'un projet commun dont les fondations seront celles du collectif, un projet européen qui renversera les digues du capitalisme. Tout le monde sait qu'en politique, un plus un ne font pas deux mais trois. J'attends avec impatience la réponse du NPA, et je sais que le débat a lieu en son sein. Ce nouveau parti a son congrès une semaine après celui du Parti de Gauche. J'attends avec impatience ce que vont faire les Alternatifs. J'attends avec impatience ce que vont dire LO et le POI. Il y a d'autres forces encore, mais qui ne sont pas des partis et qui ont des membres appartenant à des partis, comme "la Fédération", ATTAC, le MPEP, et d'autres. Tout cela a déjà, ensemble, obtenu le NON au Traité Constitutionnel Européen. Il faut maintenant obtenir un résultat en positif, en proposition. Une revanche sur la présidentielle, sur notre incapacité à nous unir à ce moment-là.

Il n'y aura pas de telles occasions à chaque élection. C'est la grandeur de nos idéaux qui est en jeu et notre capacité de résistance future à la pression du MEDEF. Faisons les pas nécessaires. Nous avons toujours pu travailler ensemble lorsqu'il s'est agi de résister (JDC, parainnages de Sans Papiers, défense des services publics,...), maintenant il faut construire ensemble.

vendredi 28 novembre 2008

J'adhère maintenant au Parti de Gauche

Depuis près d'une semaine maintenant, j'ai décidé de quitter le Parti Socialiste pour adhérer au Parti de Gauche. C'est un choix de raison, un choix lucide et réaliste. Il faut un électrochoc à la Gauche, dans l'intérêt des salariés, dans l'intérêt de la République. Je ne peux pas accepter de voir détruire ainsi par la droite et le MEDEF, et pour leur seul bénéfice, tout ce qui protège et nourrit les êtres humains qui composent la collectivité républicaine, européenne et mondiale sans réagir.

Englué dans des considérations purement électorales, dans la paranoïa, les votes bloqués, les débats truqués, sans idéal, avec, pour seul moteur militant encore en état, l'unique exigence de renouvellement des cadres sans aucune réflexion politique, le Parti Socialiste Français n'est plus un outil de transformation sociale au service des salariés. Recevoir avec les honneurs la vice présidente du SPD (allemand), qui gouverne dans son pays avec la droite, lors de l'adoption de sa déclaration de principe, et compter à cette occasion deux fois plus de voix "pour" qu'il n'y avait de délégués dans la salle, voilà tout ce dont le PS était encore capable il y a quelques mois avec les mêmes dirigeants qu'aujourd'hui.

Je veux participer à une véritable stratégie de résistance qui rende visible et lisible aux citoyen-ne-s européen-ne-s un projet de société altermondialiste, multilatéral, républicain, laïque, écologiste et féministe. La rémunération des actionnaires empêche les services publics, la sécurité sociale, les salaires, le développement durable et la démocratie. Je veux un projet de société dans lequel l'économie est au service de l'humain et contrôlée démocratiquement. Je veux un printemps de Prague sans les chars "soviétiques". Je veux un Allende sans le 11 septembre 1973. Je veux la République Sociale.

jeudi 6 novembre 2008

J'étais pour Moore/Alexander

Je suis certainement d'ailleurs allé trop vite, parce que je n'ai pas vérifié si le socialist Party of the United Nations of America était membre de la deuxième internationale dont le congrès s'est tenu à Athènes en juillet dernier, mais tout simplement leur site m'a bien plu, et notamment celui du Socialist Party of Texas. Vous vous doutez bien qu'il faut être sacrément courageux pour se présenter comme socialiste au Texas, fut-ce un socialisme démocratique (on lui reprochera de s'excuser d'être socialiste), et encore plus pour se présenter à l'élection américaine sous cette étiquette, ce qu'ont fait le ticket Moore/Alexander.

En fait, parmi les présents à Athènes, pour le congrès de la deuxième internationale, il y avait le SDA (voir leur site). Ils ne semblaient pas avoir de candidat-e pour la présidence des EUA, donc je peux soutenir les socialistes que je veux. J'irai toutefois vérifier un peu leurs déclarations dans la presse par prudence au cas où celles-ci soient par trop farfelues. Mais ce que j'ai lu pour l'instant du SP-USA et de Moore/Alexander me paraît plus qu'honorable. Simplement, ce n'est pas parce que quelqu'un se présente comme socialiste qu'il faut lui accorder toute sa confiance, surtout en politique. J'ai vu des socialistes, en France, prôner la retraite à points individualisée par exemple (avec beaucoup de coton autour pour faire passer la pilule), ou expliquer que la crise financière n'était qu'un soubresaut sans importance (merci pour les salariés qui vont la payer très cher) et qu'on n'en reparlerait plus dans deux-trois ans... et du coup, ils ajoutaient immédiatement qu'il nous fallait un socialisme du XXIème siècle, que le monde change, qu'il faut être réaliste et arrêter avec les vieilles lubies de la gauche des années 70 (vous connaissez le couplet maintenant, mais vous comprenez dans quel état d'esprit tout cela est fait...). Là je vous raconte des choses que j'ai lu ou entendu pendant les présentations de motions en Seine et Marne pour le congrès socialiste français.

Les vieilles lubies de la gauche des années 70, ce sont celles qui se préoccupent plus des salariés que des théories économiques construites par et pour les actionnaires des grosses boîtes. Les économistes sérieux parlent de "l'entreprise". mais "l'entreprise", c'est un mot qui permet de déshumaniser les rapports sociaux et de mettre la priorité de la pensée sur les entités abstraites qu'il faut faire survivre à tout prix sans se poser la question de son rôle dans la société. Or, le rôle des "entreprises" de nos jours, c'est de rémunérer les actionnaires en priorité. Et pour les faire survivre, il faut donner en priorité la part du lion aux actionnaires. Ca ne peut plus durer comme cela. La société ce sont des êtres humains, et ce qu'il leur faut, c'est un toit, un salaire, un but dans la vie qui fasse la part de ce qu'ils sont. Ce ne sont pas des bêtes qui servent à nourrir une entité abstraite et opaque jamais satisfaite et qui demande toujours plus de sacrifices humains.

Qui sont les idéalistes dangereux ? Ceux qui souscrivent à ce système en cherchant à l'ajuster un peu ? Ceux qui se préoccupent de théories économiques ? Ou ceux qui pensent à ce que les salariés vont pouvoir avoir dans leurs assiettes ? Qui sont les réalistes ? Ceux qui pensent qu'il suffit de gagner les élections pour que le capitalisme plie ou ceux qui savent que la victoire ne suffit pas, et qu'elle doit être accompagné de la lutte et du rapport de force ? Ceux qui pensent que l'argent va tomber parce qu'on ajuste les impôts sur le revenu ou ceux qui savent où est l'argent et qui proposent d'augmenter l'impôt sur les bénéfices et les cotisations sociales en faisant porter l'effort sur la rente ?

Un mot d'humour cité par le site du SDA, membre de la deuxième internationale, que vous pouvez lire ici, conjure les américains de ne pas avoir peur de l'internationale socialiste pour de nombreuses raisons. La première est que le plan de Bush et la nationalisation d'organismes de crédit va-d'après le texte- bien plus loin que n'importe quel membre du SDA et de l'IS le recommanderait. La seconde est que parmi l'internationale, il y a les amis de Tony Blair, dont tout le monde sait qu'il n'y a pas vraiment de quoi avoir peur parce qu'il était le premier allié de G.W.Bush dans sa politique et pour la guerre en Irak et "contre le terrorisme". La troisième, c'est que Bill Clinton était le meilleur ami de nombre des membres de cette internationale. Ce texte est édifiant... pour comprendre que le capitalisme ne peut avoir peur ni de l'internationale socialiste, ni des démocrates. L'élection d'Obama va certainement être une arme formidable contre le racisme (et c'est déjà ça de pris), mais certainement pas contre l'exploitation des humains par les humains, quelle que soit leur taux de mélanine.

Voici aussi pourquoi le vote ce soir au congrès du Parti Socialiste Français, pour lequel je soutiens la motion C ( regroupement des composantes de la gauche du parti avec Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Henri Emmanuelli, Marie-Noelle Lienemann, Marc Dolez, Pierre Larrouturou, Jacques Fleury, et Benoît Hamon comme premier signataire ) risque d'être passionant. Si vous êtres socialistes et que vous me lisez, vers où voulez-vous que ça penche ? Si vous voulez que ça penche du côté des réalistes et des partisans de l'humain, alors votez pour la motion C. Si vous n'êtes pas socialiste, admirez nos efforts ( s'il vous plaît, cela va sans dire ). Car nous sommes en train, collectivement, de travailler comme des bêtes (lisez le 4 pages fédéral et le 4 pages torcéen) pour parvenir à résoudre cette dangereuse équation pour toute la gauche.

dimanche 12 octobre 2008

Toutes les audaces !

J'apprends par Le Parisien d'aujourd'hui la volonté des partisans de Ségolène Royal, par la voix de Malek Boutih, de reporter le congrès du parti Socialiste.

Je suis scandalisé par cette demande absurde et j'espère qu'elle n'aura pas d'écho parmi d'autres responsables de notre Parti. Elle témoigne d'un manque de sang froid évident à la veille du rare événement qui doit permettre aux militants de trouver une position commune et de travailler à leur vision du monde. Malek Boutih et les partisans de la motion E, signée par Gérard Collomb et Ségolène Royal, admettent ne pas avoir de propositions qui permettent une réponse à la crise financière actuelle. Ils avaient pourtant tout le temps de réfléchir auparavant alors que tous les indicateurs l'annonçaient depuis près d'un an. C'est peut-être seulement qu'ils pensaient que la communication politique qui leur sert de réflexion n'avait pas besoin d'en tenir compte. S'ils le regrettent maintenant, que pouvons nous y faire ?

Je récuse d'autre part l'idée que " Toutes les motions ont été écrites avant la crise et toutes sont à côté de la plaque", ou que " Ni la sienne (celle de S.Royal), ni celles d’Aubry, de Delanoë ou d’Hamon ne sont à la hauteur." La motion C, dont je suis un représentant en Seine et Marne, a montré la pertinence de ses réponses en affirmant que " Seule la gauche, par la régulation, l’intervention de l’Etat dans l’économie, la défense des intérêts des salariés face aux intérêts financiers, peut émettre des propositions permettant d’améliorer la vie quotidienne de chacun, et redonner l’espoir." La motion de Benoît Hamon est la seule à soumettre aux militants de notre parti des mesures concrètes afin de reprendre au capital les 10% de PIB qu'il a pris au travail ses 20 dernières années et nous estimons que ce n'est pas " un petit bout de solution qui ne suffit pas" comme l'affirme Malek Boutih. Je vous renvoie d'ailleurs à l'article de fond de Jean-Luc Mélenchon sur la crise sur le site Trait d'Union.

Enfin, je redoute que cette prise de position en prépare d'autres beaucoup plus graves. Déjà Martine Aubry a annoncé que "les mesures de N.Sarkozy face à la crise étaient les bonnes". Un report du congrès n'annoncerait-il pas une volonté d'union nationale, désastreuse car elle entérinerait la politique ultralibérale du président de la République depuis son élection, comme l'hypocrisie de sa soi-disant volonté actuelle de "moraliser le capitalisme". Je mets en garde les dirigeants de notre parti de ne pas se laisser entraîner dans cette voie qui condamnera durablement le Parti Socialiste aux yeux des salariés, qui se sentiraient définitivement abandonnés par le principal parti de la gauche.

vendredi 12 septembre 2008

Hier soir pendant l'Assemblée Générale des militants

Hier soir, exercice difficile de l'Assemblée Générale des militants de Seine et Marne du Parti Socialiste. Exercice difficile parce que l'un des rares moments où des militants de sections différentes se retrouvent pour débattre (avec l'AG dite des motions et le congrès départemental qui est après le vote) dure trois heures, trois heures à la fois très longues et très courtes.

Longues parce qu'elles commencent par un long défilé des représentant-e-s des contributions qui ont 7 minutes chacun pour s'exprimer (donc 77 minutes pour 11 interventions hier soir), et qu'elles sont conclues, dans l'ordre inverse, par ces même 11 intervenant-e-s (il y aurait pu y en avoir 21...) pour 3 minutes chacun-e. Et entre les deux, une vingtaine de militants peuvent intervenir pour trois minutes chacun heureusement, sinon ce ne serait pas une AG, mais un débat public.

Courtes parce que lors de ces AG, ce qui est intéressant, c'est qu'une sorte de dialogue s'instaure entre les contributions, et lorsque des militants aguerris réfléchissent ensemble, pointent leurs accords et leurs désaccords en étant sincères tout en recherchant les rapprochements possibles, lorsque ça l'est, alors trois heures sont loin de suffire. Lorsqu'on se déplace de section en section, et que l'on a la chance de rencontrer de nombreux militants, le temps passé au dialogue s'agrandit, d'autant plus que les autres représentants d'une contribution voyagent aussi. Le débat de l'AG reprend parfois. Ce mécanisme exigeant nécessite une grande implication, et souvent, on ne se rend pas compte qu'il est le véritable ferment d'une organisation.

J'écrirai un billet sur ce que j'ai pu dire lors de cette AG, et ce que j'y ai entendu. Pour le moment, je tente d'expliquer à quoi cela sert à 200 militants de se déplacer à Verneuil l'Etang pour s'y rencontrer un jeudi soir. Je ne redirai pas assez qu'en Seine et Marne, nous avons 2000 militants, et donc l'AG ne les réunit pas tous... Mais l'exercice est important et a de la valeur.

C'est de la responsabilité de ceux et celles qui prennent la parole d'avoir une attitude utile à la collectivité. Autant chacun a envie de convaincre, autant ce n'est pas véritablement le moment, en fait. La plupart des militants présents savent ce qu'ils pensent, vers où ils penchent du point de vue des idées. L'AG des militants comme le congrès, c'est plutôt un moment d'écoute des autres pour connaître les pas qu'ils sont prêts à faire les uns vers les autres, pour détecter les convergences et les divergences.

C'est une méthode de rapprochement des tendances, formellement organisée sur plusieurs mois, qui, si elle est noblement organisée, et met les questions de pouvoir au service des idées plutôt que le contraire, apaise les tensions, oblige à l'exercice de la raison, de la réflexion, plutôt que du copinage et du clan, empêche les exclusives et interdit les exclusions. Une méthode de rassemblement de la gauche dont la condition d'existence est la représentation proportionnelle dans les instances de notre organisation, et qui s'oppose directement aux méthodes de purification du Parti que prônent certains, et j'en reparlerai plus tard, directement tirées des 21 conditions de Lenine que refusait Léon Blum en 1920.

mercredi 10 septembre 2008

Rentrée et Congrès Socialiste

Les membres du Parti Socialiste sont en période de congrès, depuis le mois de juin, et la rentrée de septembre marque le véritable démarrage de celui-ci. Comme d'habitude depuis que les considérations tactiques passent les considérations idéologiques, les militants ont 3 semaines pour débattre des contributions générales. Dans cette phase, qui ne donne pas lieu à un vote, mais a pour raison d'être de permettre aux militants d'étudier les convergences et/ou les divergences d'idées entre eux, chaque militant, s'il n'est pas représentant d'une contribution, pourra participer à une réunion de section et une assemblée départementale. Point.

En ce qui me concerne, représentant en Seine et Marne de la contribution n°14 "Réinventer la Gauche", avec quelques autres camarades, je vais sillonner le département. J'étais hier à Brie-Comte-Robert, je serai ce soir à Moissy-Cramayel, la semaine prochaine à Ozoir la Ferrrière, à Torcy, Emerainville... En trois semaines, réussir à rencontrer les militants est une gageure. Je vais en voir peut-être 300 dans les jours qui viennent, le parti en compte plus de 2000 en Seine et Marne... Vous comprenez pourquoi les délais sont considérablement raccourcis ? Peut-être pour que le débat ait lieu le moins possible en profondeur, et le plus possible par médias interposés ?

Le débat est d'autant plus important que les contributions, contrairement à ce que j'ai déjà entendu de camarades, ne sont pas toutes identiques, loin de là. Et notamment sur les points suivants:

Ce n'est pas la même chose de dire qu'il faut combattre la théorie du "choc des civilisations" sans précisions, que d'écrire noir sur blanc que cela implique d'être opposé au "grand marché transatlantique" contrairement à ce que déclare le Parti Socialiste Européen, dans ce document, lui-même ! Lisez d'ailleurs bien le document que je vous montre ici, outre cette dernière page 12 où la délégation explique qu'elle est d'accord pour entamer des pourparlers, il y a de nombreux désaccords que je peux avoir sur le fonds avec un tel texte, qui pense que l'on peut concilier la concurrence comme première loi et un marché financier renforcé avec une haute protection sociale... Si ce n'était pas la pauvreté de millions d'européens qui était en jeu, je rirais presque.

Ce n'est pas la même chose de dire qu'il faut partager les richesses sans dire noir sur blanc où il faut prendre l'argent. Depuis plusieurs dizaines d'années, le capital a pris 10 points de PIB aux revenus du travail. Cela représente des sommes colossales qui, pour les reprendre, nécessitent d'agir sur l'impôt sur les sociétés, sur les exonérations de cotisations sociales, et de mettre en route une vraie hausse des salaires. Pas seulement de faire des ajustements, certes nécessaires, sur l'impôt sur le revenu et la TVA, qui ne permettraient pas de répondre aux vrais enjeux et qui ne se dérouleraient qu'à recettes constantes ou presque.

Ce n'est pas la même chose de dire que l'on souhaite une réorientation de la construction européenne sans autres précisions et sans en déduire noir sur blanc que le traité de Lisbonne est mort. Je suis très sensible à l'argument qu'il faut tout reprendre et qu'une occasion unique se présente en 2009 avec les élections européennes qui pourraient permettre l'élection d'un parlement constituant.

Cela va sans dire, tout cela demande de refuser toute approche avec le MoDem, partisan d'une France dont les institutions sont présidentielles, et d'une Europe clairement libérale économiquement.

Maintenant, la volonté d'une République parlementaire, la question de la Laïcité, celle de l'intervention publique sont des questions qui se posent aussi.

Ne vous y trompez pas, ils sont là, les enjeux du congrès de Reims, et pas dans des questions de personnes.

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