Questions de Gauche

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vendredi 11 juin 2010

Beaucoup d'injustices passent inaperçues dans le flot de l'actualité

J'ai souvent dit que je ne prendrais pas l'actualité comme moyen d'écrire ce blog, ce qui a plusieurs avantages, et autant d'inconvénients. Le premier avantage, c'est de se permettre une structuration de pensée qui ne suive pas le flot des dépeches AFP reprises parfois sans même un commentaire par les "grands médias", avec leur propre hiérarchie (si vous voyez ce que je veux dire) et surtout une façon d'expliquer ce que l'on doit penser de l'économie et de la justice sociale qui rendrait n'importe quelle personne uniquement branchée sur ce flot la première partisane des poncifs habituels de la droite la plus réactionnaire.

L'inconvénient, c'est que lorsque l'on est pris soi-même dans l'action, il y a peu de temps pour réfléchir et encore moins pour publier si l'on souhaite s'imposer une réflexion en dehors des sujets qu'on nous impose.

J'ai donc décidé aujourd'hui d'un intermédiaire. En effet, deux faits ont défrayé la chronique récemment (si, si...) et leur association me permet de penser à une de mes anciennes lectures que je vous recommande.

La premier fait est la béatification du prêtre polonais Popieluszko, prêtre enlevé et assassiné par la police secrète polonaise en octobre 1984. Le second est le passage, presque au même moment, à Paris, de Noam Chomski, pour laquelle ma camarade Dominique Levrier fait une "revue de clics" ici.

Il se trouve qu'il y a quelques années, j'ai acheté par hasard, et sans connaitre Chomski, un ouvrage de lui intitulé "La Fabrique de l'Opinion Publique". Dans un de ses chapitres, N.Chomski montre comment les médias américains traitent de façon particulièrement asymétrique (doux œphémisme) les assassinats de religieux selon qu'ils sont perpétrés par la police des successeurs de Staline dans les pays du pacte de Varsovie ou par les milices des dictateurs d'extrême droite financées par les Etats Unis dans les pays d'Amérique du Sud...

Le cas Popieluszko est particulièrement emblématique. Dans le NY Times, par exemple, lorsque 7 articles parlent des 23 religieux tués au Guatemala entre 1980 et 1985, jamais à la une, 100 parlent de Popieluszko, dont 10 à la une et 3 éditoriaux, dans les 18 mois qui suivent sa disparition.

L'asymétrie de traitement est quelque chose que l'on retrouve dans de nombreux faits jusqu'à maintenant. Lors des événements de 2005, lorsque des milliers de personnes sont descendues dans les rues en France, c'était le sujet principal de discussion. Pourquoi lorsqu'une personne meurt de soif dans un pays lointain (plusieurs dizaines de milliers par jour), on n'en parle jamais, alors qu'au moindre décès accidentel d'un occidental on nous demande de pleurer toutes les larmes de notre corps ?

En voyant la béatification de Popieluszko, j'ai eu une pensée pour tous les morts oubliés de la répression sud américaine et de l'opération Condor. Non pas qu'il faille mépriser celle de Popieluszko, l'oublier, ou la trouver moins horrible. Mais qu'il y a eu suffisamment de personnes qui ont pensé à lui, et si peu pour les autres. Donner toute ma priorité aux autres, comme aux morts de soif quotidiens, c'est essayer de rétablir l'équilibre et la justice.

C'est pour cela que le 11 septembre je ne parle que de Salvador Allende et du 11 septembre 1973. Car toutes les pensées des médias occidentaux sont tournées vers ground zero et qu'il n'y a plus un mot pour la Moneda, ce qui fait que j'ai la sensation qu'on l'assassine encore et encore chaque année en voulant faire disparaitre sa mémoire. Et jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli, ce n'est que Justice.

mercredi 15 avril 2009

Sale temps pour les sans papiers

Depuis plusieurs années, nous sommes sur les dents, et ces derniers jours, cela s'est aggravé. La semaine dernière, c'était la semaine de régularisation de tous les sans papiers organisée notamment par l'association Turbulences.

Vendredi soir, nous avons vu un film relatant l'action au lycée Jules Ferry à Paris pour soutenir Yvan et Rachelle qui étaient menacés d'expulsion du territoire (ils disent : "éloignement" dans le langage administratif, ça permet peut-être d'atténuer la portée du geste dans l'esprit de ceux qui ont à le mettre en œuvre ?). Ces deux enfants posent une question simple : "Pourquoi n'ai-je pas droit à un environnement stable et à une éducation ?" Et lorsqu'ils sont régularisés, car c'est arrivé, voyant d'autres enfants être expulsés, ils posent la même question à l'envers : "Pourquoi j'y ai droit maintenant et pas eux ?".

Certains de nos adversaires politiques nous diront de nous adresser aux gouvernements des pays concernés. je trouve qu'il y a une contradiction énorme dans cela. Car la plupart du temps, ces personnes sont aussi des grands défenseurs de la liberté comme principe général, et de la libre circulation des capitaux et des marchandises en particulier. Mais pourquoi ne défendent-ils pas la libre circulation des personnes ? Peut-être parce qu'ils (ou que ceux qu'ils défendent) tirent leur pouvoir économique de cet état de fait. La prospérité économique de zones géographiques, et la rémunération abusive des actionnaires de façon générale, tiennent principalement au dumping social organisé. Ce dumping social organisé est permis par le fait que dans de nombreux pays la misère force la majorité de sa population à accepter des conditions de travail proches de l'esclavage, et que la liberté de circulation des personnes obligerait à donner à chacun les mêmes conditions favorables de vie sous peine d'explosion sociale. Déjà dans les pays industrialisés la misère aux portes des centres-ville et la révolte qui gronde oblige l'Etat à un maintien de l'ordre musclé qui pourrait ne pas tenir. Il suffit donc d'éloigner la misère des zones stables existant dans le monde abritant les institutions de pouvoir, de rendre ces institutions inatteignables (G20 récemment, bourses occidentales, sièges de multinationales...), par la force s'il le faut, et le tour est joué.

Tout cela se résume par la question de Rachelle, une fois qu'elle a obtenu, grâce au rapport de force, d'être une exception à la règle : "Pourquoi j'y ai droit et pas les autres ?"

Le samedi, parrainage d'une dizaine de personnes à la mairie de Torcy. Mon filleul, Victor, est arrivé en France juste après ses 13 ans. Il a eu une scolarité qui l'a amené au bac, puis essaie de suivre un BTS, dans la peur d'être renvoyé dans son pays d'origine où il n'a plus d'attache. Il a 20 ans. Une semaine plus tard, des vigiles contrôlent ses papiers à l'entrée d'un parc d'attraction bien connu, marchand de rêve à Marne La Vallée. Pourquoi les vigiles ont-ils le droit de contrôler les papiers ? Mais passons. Il est maintenant au centre de rétention du Mesnil Amelot, et attend le jugement du recours qu'il a fait au Tribunal Administratif pour contester son arrêté de reconduite à la frontière (APRF). Il a des chances au jugement, il était en train de monter un dossier qu'il était presque prêt à déposer en préfecture pour obtenir une régularisation. Nous allons le soutenir avec ses autres parrains. Mais si le jugement n'est pas favorable, il pourrait être reconduit à tout moment.

Comme je le disais, la circonstance la plus aggravante est que, sur les lettres que reçoivent les personnes leur indiquant leur statut d'indésirable sur le sol français, il y a en en-tête : "République Française, Liberté-Égalité-Fraternité". Comment faire cela au nom d'un idéal qui prône exactement le contraire ?

Voilà pour conclure un texte que je souhaitais faire lire à la cérémonie de parrainage de Victor, écrit à la suite d'un concours de l'association "filles et fils de la République", concours qui impose le titre. Cela résume bien mon état d'esprit :

UN PAYS ÇA VEUT DIRE

Un pays ça veut dire qu'il y a le mien et le tien

Certains disent : "Ma maison", et : "Ta maison". Ça veut dire qu'ils s'en foutent que t'aies pas de maison.

Certain disent : "Mon pain", et : "Ton pain". Ça veut certainement dire qu'ils s'inquiètent de ta santé, tu pourrais prendre trop de poids si tu prenais goût au blé...

Certains vont aussi jusqu'à dire : "Mon sang", et : "Ton sang", surtout parce qu'ils ont jamais vu la couleur du leur (ils le pensent bleu), alors que ton sang ils l'ont déjà vu plein de fois à la télé.

Il a la couleur de la révolution.

Je ne t'apprends rien, ils ont la trouille de la révolution.

Un pays ça veut dire un peu tout ça à la fois, C'est pour ça qu'on a inventé la République. La République, c'est à tout le monde Elle ne se partage pas avec un couteau, ni un canif, ni un gros truc de boucher, sinon c'est fini, elle est morte.

C'est notre maison, construite grâce à notre pain, et avec notre sang versé, à tous les deux, rouge cerise, presque noir à l'air libre,

Et cette République, aucun « pays » ne nous la prendra.

jeudi 1 novembre 2007

Il pleut des pierres brûlantes

C'est étonnant, j'ai comme l'impression que certains commencent à s'organiser enfin pour résister à la pluie de pierres brûlantes qui nous tombe dessus depuis mai/juin 2007. Je devrais dire depuis plus longtemps mais des résistances ont quand même bien existé auparavant, alors que je nous (la gauche) voyais paralysés depuis quelques mois...

Après les premiers assauts du nouveau pouvoir en place, il conviendrait de résumer rapidement tout ce qui nous arrive :

- Tout d'abord, les impôts. Ils sont de plus en plus injustes, l'impôt sur le revenu est de moins en moins progressif et tient une part de moins en moins importante dans les recettes de l'Etat. Nous nous apprêtons à prendre une hausse de la TVA massive dans les dents. Le Capital est de moins en moins taxé.

- Ensuite la protection sociale. Les recettes sont plombées par les exonérations de cotisations sociales, les franchises médicales font ployer sur les ménages pauvres des dépenses supplémentaires en cas de problème de santé sans ajouter de recettes significatives aux organismes de sécurité sociale, le gouvernement favorise de plus en plus les organismes pilotés par les assurances privées pour que les gens cotisent à une retraite par capitalisation, les organismes de sécurité sociale sont dirigés par un système dit paritaire qui permet aux syndicats patronaux d'avoir un contrôle plus qu'exagéré sur leur gestion grâce aussi au renfort de syndicats jaunes, l'âge de la retraite est menacé d'être reculé plus encore sous prétexte que l'espérance de vie a augmenté, mais cela ne va-t-il pas faire reculer l'espérance de vie des salariés ?

- Les revenus ensuite : pour gagner du revenu maintenant, la règle est qu'il faut faire des heures supplémentaires. C'est devenu le seul moyen adoubé par le gouvernement. Plus moyen d'obtenir une simple augmentation. De plus, obtenir des heures supplémentaires va encourager une compétition des salariés qui vont devoir être gentils pour ne pas en être privés. Et cela ne va pas encourager l'emploi, loin de là...

- La communauté nationale : Elle est divisée par le gouvernement en de multiples fractions et sa propagande indique qu'il y a des bonnes et des mauvaises personnes sur notre territoire. L'immigré, le fils d'immigré, le petit fils d'immigré et parfois même l'arrière petit fils d'immigré sont montrés du doigt comme une menace pour "l'identité nationale", le fonctionnaire comme une menace pour l'économie, le jeune comme une menace pour la sécurité, le chômeur comme une menace pour la morale. Les religions sont mises en avant comme un recours pour "apaiser" les français et de nombreuses initiatives sont prises pour les encourager à prendre une place dans la vie publique.

- La puissance publique : sa faillite est organisée par les libéraux (voir le premier paragraphe sur les impôts), l'Education Nationale perd de plus en plus d'encadrants pour les enfants, les hopitaux sont exangues en nombre de lits, les tribunaux sont regroupés et fermés, la poste disparait des petits villages, les entreprises publiques sont privatisées de plus en plus, jusqu'aux transports et à l'énergie, même l'énergie nucléaire !

- Les institutions : elles sont bonapartisées (le b minuscule convient même pour ce nom propre), le président va même pouvoir aller devant le parlement (ce qui est plus que symbolique) ! Cela s'est produit déjà deux fois, lire ici pour la première, et ici pour la seconde...

- L'Europe : tous les Européens convaincus de gauche se voient doublés, escroqués, roulés dans la farine par la mise en place du même traité que les français ont refusé en mai 2005 (dans un autre ordre, dit VGE), libéral et faisant la part belle au Conseil Européen qui paralyse les institutions européennes en divisant les Européens par pays et pas par orientation politique.

D'autres scandales passent inaperçus devant cette déferlante, et il y a une tendance incroyable à minimiser tout cela sous prétexte que la politique c'est sale... toutefois, ce déluge de pierres brûlantes touche tout le monde, il faut travailler à une prise de conscience de tout cela. Cela passe par internet, par certains journaux, par des débats locaux, par tout ce que l'on pourra inventer.
Restera-t-on les bras ballants ?

mercredi 19 septembre 2007

Jusqu'où ira-t-on ?

Il y a deux semaines, après avoir - enfin - racheté un autoradio parce que j'avais perdu la façade du précédent, je mis en marche l'appareil qui me manquait tellement quand j'étais au volant, et je commence à régler les stations. Parmi les six premières accessibles de la Modulation de Fréquence, je mémorise les stations du Service Public, au demeurant encore de bonnes stations même si la publicité a envahi France Inter, et si une chasse aux sorcières donne aux idées du MEDEF une place croissante dans ses programmes.

En mémorisant la fréquence de France Culture, je tombe sur une émission politique dont l'invité est Vincent Peillon. Sur son blog à lui, la transcription de l'émission est ici

Au cas où, j'ai recopié la transcription, vous pouvez télécharger le document ici. Je suis scandalisé par ce que j'ai entendu (et relu, vous vous imaginez bien), et je me suis longuement frotté les oreilles au risque d'avoir un accident de voiture (parce que j'avais repris le volant après avoir réglé la station). Il y explique que ce qui est le gros problème du Parti Socialiste date, non pas de 2007, ni même de 2002 (là c'est moi qui parle), mais du fait qu'en 1905 Jaurès avait dû se compromettre avec Guesde et les marxistes et que cela avait corrompu sa pensée. Et un des journalistes présents expliquant qu'il était heureux d'entendre cela et que ce dont le la SFIO de l'époque avait besoin, c'était d'un Kautski ou d'un Bernstein (les partisans d'entrer dans les gouvernements de droite de l'époque).

La date de 1905 est très importante dans cette expression, car c'est la date du congrès de l'unité des socialistes et l'acte fondateur auquel se réfèrent tous les socialistes. Cet acte est fondateur pour au moins deux raisons : d'abord parce qu'il donne au mouvement français son identité dans sa méthode, celle de la synthèse, des courants, et de leur Représentation Proportionnelle dans les instances dirigeantes. Par la suite, cette méthode sera défendue par Léon Blum au congrès de Tours comme étant justement celle qui, opposée par essence au "centralisme démocratique" des 21 conditions de Lénine, est la garantie du respect de chacun et la formalisation de l'effort démocratique que chacun doit fournir pour arriver à une position commune qui favorise le rapport de force contre les tenants du capitalisme. La deuxième raison est qu'il permet de rassembler tous ceux qui, à court moyen ou long terme veulent changer de régime économique (dixit Léon Blum toujours, lorsque j'aurai du temps je publierai une transcription de son discours au Congrès de Tours).

Il serait drôle, si ce n'était à pleurer, de voir tous ces admirateurs de Léon Blum, qu'ils considèrent - à tort - comme un "réformiste" en 1920, s'opposant soi-disant aux révolutionnaires, le citer sans jamais l'avoir lu pour justifier leurs thèses qui ressemblent trait pour trait, pourtant, à celles que Léon Blum condamnait. Mais il est vrai qu'ils n'ont pas non plus la même honnêteté intellectuelle que Vincent Peillon qui lui, s'attaque à la hache aux véritables problèmes : les fondamentaux du socialisme français, parce qu'il vaut mieux être moins nombreux mais avoir raison.

Serait-ce donc à dire que la date de 1905, le congrès d'unité des socialistes est à revoir, d'après Vincent Peillon, parce que la méthode choisie ou acceptée par l'ensemble des courants socialistes n'est pas la bonne ? J'ai entendu les déclarations d'autres socialistes demandant le passage à une démocratie interne fondée uniquement sur le principe de majorité, un principe selon lequel toutes les décisions doivent être prises grâce à un vote simple : êtes vous pour ou contre ce que vous propose votre leader ? On a vu ce à quoi cela a mené lors du référendum interne au Parti Socialiste pour décider de sa position face au Traité Constitutionnel Européen proposé par la Convention Giscard et la Conférence InterGouvernementale. Et déjà, grâce aux votes bloqués et aux autres astuces développées par la fine équipe qui dirige notre Parti depuis 1995, la plupart des militants, oubliant les travaux de tous nos prédecesseurs, piétinant les questions que se posaient les socialistes bien avant qu'ils ne soient nés, ont été abreuvés de ce système. "Camarade, es-tu prêt à briser l'Unité de notre Parti en votant contre ton leader ?" Ce n'est pas cela, l'idée que j'ai du socialisme, ce n'est pas cela, l'idée que j'ai de l'Unité des Socialistes, et ce n'est pas cela qu'a contruit Jaurès et sauvegardé Blum. Ce n'est pas cela, la méthode de la Représentation Proportionnelle.

Du coup, alors qu'auparavant, l'Unité servait de chiffon rouge pour parvenir à une victoire, maintenant, l'Unité ne vaut plus rien, l'Unité est une compromission détestable, l'Unité n'est plus la garantie de la Force. Là où, auparavant, on souhaitait forcer le parti vers un réformisme des tous petits pas grâce à l'Unité, il faut maintenant casser en morceaux les forces de la Gauche pour former un clan des "purs" qui ne feront pas de compromission avec le marxisme. Et naturellement, faire alliance avec le Modem, ce parti qui se dit du Centre et qui n'est que la Droite Orléaniste.

Jusqu'où ira-t-on ? Doit-on se résigner à ce que le Parti Socialiste explose sous les coups de tous ces camarades ?

Car ces questions sont beaucoup plus importantes que les batailles débiles de leadership et les piques que les loosers de 2002 lancent aux looseuses de 2007 sans une seule fois, ni pour les uns, ni pour les autres, réfléchir au projet global de société que les socialistes pourraient vouloir mettre - ENSEMBLE, si c'est encore possible, ce que je souhaite - en avant.

vendredi 18 mai 2007

JDC : une leçon pour tous, un exemple pour tous.

La liquidation de JDC sur Torcy, intervenue le 5 mars 2007, il y a maintenant 75 jours, et l'exemplarité des salariés de cette entreprise, qui occupent leur usine et n'acceptent pas le sort qui leur est fait, doit être un repère pour tous ceux qui se disent de gauche.

Les salariés eux même expliquent mieux ce que Quebecor, indirectement du point de vue légal, mais directement du point de vue intentionnel, avec la complicité de l'ancien directeur de l'usine, leur a réservé afin de se débarasser d'une unité de production sans payer les indemnités aux salariés qui, pour la plupart, sont ici depuis plus de vingt ans chacun :

Voici ce qu'ils en disent : Son 1 Son 2 Son 3 Son 4 Son 5

Ou se situe l'exemplarité des salariés ? Quebecor vend pour un euro symbolique l'entreprise au directeur de l'usine qui prend son nom, toute en promettant du chiffre d'affaire. Quebecor étrangle le chiffre d'affaire et oblige la nouvelle entité au dépôt de bilan sans plus aucune trésorerie, donc sans indemnité pour les salariés. Le salariés décident d'occuper l'usine parce qu'ils savent qu'il y a du travail, que la seule raison de leur licenciement se trouve dans les bénéfices faits par Quebecor. Il cherchent à se défendre collectivement et s'en donnent les moyens. Ils ont plusieurs leviers : le premier c'est l'image de Quebecor. Tout groupe financier tient à son image, et la bataille qui a lieu, transmise par la presse et par les nombreux blogs et sites n'est pas pour leur rendre service de ce point de vue, même si c'est mérité. Le deuxième levier, c'est l'usine et le papier qu'elle contient, qui a une grande valeur. La troisième, c'est que nous sommes encore en période d'élections, et les pouvoirs publics sont encore obligés de ne pas faire n'importe quoi, notamment avec la force publique. Cela n'a pas empêché la police, cela a été su, d'arrêter et d'immobiliser, sous prétexte de contrôle, les deux cars qui se dirigeaient vers Meaux pour manifester à l'occasion de la visite du candidat de l'UMP pendant la campagne présidentielle...

Voici les discours que j'ai pu prendre de leurs soutiens :

Olivier Besancenot Daniel Brunel Que faire pendant la campagne ?

Aujourd"hui, c'est la fin de leur préavis de licenciement. Ils tiennent toujours. Deux négociations se déroulent au sein du comité de pilotage. Quebecor participe à ce comité de pilotage qui se déroule régulièrement à la préfecture. Même s'ils disent qu'ils n'ont plus rien à voir avec l'entreprise JDC ni avec son dépôt de bilan. C'est bien la preuve qu'ils ont quelque chose à se reprocher. La première négociation, c'est celle des indemnités pudiquement appelées "extra-légales" que Quebecor doit à chacun des salariés qu'il a sciemment mis au chômage. La seconde négociation concerne la possibilité d'un repreneur. Des premiers résultats seront connus le 23 mai, dans moins d'une semaine.

Pour les salariés, tenir et tenir collectivement est un exemple, surtout aussi longtemps. Ils voient leur avenir au travail, au travail dans leur usine qui est capable de continuer et d'avoir des commandes.

Voici des sons de leurs actions et de leur détermination :

Manif à Torcy le 24 mars Occupation de l'usine après la manifestation La logistique pendant l'occupation

J'espère que cette écoute de sons pris entre le 5 et le 24 mai 2007, toujours d'actualité puisque tout continue, vous aura plongé dans le monde de la solidarité et du collectif un instant. Dans les liens de mon blogs, j'ai mis le site de l'occupation, si vous voulez en savoir plus, il est très complet.

jeudi 10 mai 2007

Les fondamentaux de la gauche, de mon point de vue naturellement...(partie 2)

J'ai un fondamental qui va chagriner des amis et qui est le suivant : quand on est de gauche, on ne vote pas à droite. Ca va vous paraître évident, mais pourtant...

Ce qui est très difficile, dans la lutte politique, c'est de tenir. Tout le monde a envie d'un monde apaisé, d'un monde où tout le monde est heureux et trouve sa place, se réalise et permet aux autres, si ce n'est pas le cas, de se réaliser à son tour. Lorsque l'état du monde convient personnellement à un nombre suffisant de personnes, ceux qui ne s'en contentent pas sont des perturbateurs, même s'ils le font parce qu'ils crèvent de faim ou pensent que cela ne va pas tarder.

Prenons un exemple : on entend de nombreux patrons d'entreprise dire que le travail coûte cher (en général, ils disent plutôt qu'ils payent trop de "charges sociales"). Qu'est-ce qu'ils disent ? Dans mon budget, la part des salaires, que je répercute sur les prix, me met en difficulté face aux entreprises qui elles, payent moins leurs salariés.

Ils oublient trois choses.

La première, c'est que le revenu des actionnaires, lui aussi, est directement concurrent de la rémunération des salariés, et, aussi, un élément de budget et de calcul des prix. Or, cette rémunération, ils ne s'en plaignent jamais, et elle augmente sans arrêt. Pour les quelques plus naïfs d'entre eux, ils ont été conditionnés à l'intégrer comme une contrainte à laquelle il est interdit de toucher. Pour tous les autres, ils en touchent une part...

La deuxième, c'est que que les partis qu'ils soutiennent, la droite en général, et parfois des personnes qui se disent de gauche (j'ai une pensée émue pour Pascal Lamy à l'instant), font, en tant que représentant de leur pays ou de l'UE à l'OMC, ou comme commissaire européen, ou comme membre de gouvernement, tout pour déréguler le commerce international, les monnaies et les échanges financiers, ou pour permettre l'opacité des transactions ou la protection des intérêts des marchants d'armes et d'opium qui financent certains services secrets au passage (Est-ce que le nom de Noriega vous dit quelque chose?).

La troisième, et non la moindre, c'est que ces cotisations sociales, que je me refuse à appeler charges, sont du salaire différé, et que les organismes de Sécurité Sociale comme la CNAM, l'UNEDIC, et la CNAV sont financées grâce à ces cotisations. C'est à dire qu'une entreprise qui emploie des salariés a pour devoir de verser de quoi payer, à proportion des salaires versés, les éléments qui permettent à ces salariés de toucher une allocation chômage s'ils perdent leur emploi, de pouvoir partir à la retraite après avoir donné plusieurs dizaines d'années à une entreprise, et d'être soignés s'ils tombent malades. Ces garanties permettent aux salariés de mieux résister aux sollicitations aberrantes et aux appels à travailler plus, plus longtemps pour moins cher. En effet, pour attirer un salarié vers l'emploi, il faut en payer un prix supérieur à ces allocations. Les entreprises, soucieuses de leur budget, de leurs prix, et surtout de la rémunération de leurs actionnaires, ont fondé un syndicat d'employeurs appelé le MEDEF pour mettre à bas cette injustice flagrante (humour) et cette atteinte à la liberté d'entreprendre que sont les cotisations sociales, et non contentes d'avoir d'office 50% des sièges aux conseils d'administration des organismes qui les gèrent (certains appellent ça le paritarisme) alors qu'il y a 3 millions d'employeurs en France contre 21 millions de salariés, demandent à cor et à cri la réductions des cotisations, et donc la réductions des allocations.

En ce qui concerne les retraites, ils ne demandent pas directement la baisse des pensions. Ils disent juste qu'il faut augmenter l'age de départ à la retraite, parce que l'espérance de vie a augmenté. Bien sur, reculer l'age de départ à la retraite pourrait avoir pour effet de diminuer l'espérance de vie, mais ça n'est pas très important pour eux. Comme on le dit un peu partout : si ce sont les dernières années de la vie les plus chères, il suffit de supprimer les dernières années de la vie... C'est intelligent, parce que personne ne va calculer ce qu'il perdra en année de vie parce qu'il travaillera plus longtemps. Tout le monde trouve ça plus logique de se sacrifier parce que le budget des retraites est en déficit ou risque de l'être. Mais pourquoi est-il en déséquilibre si ce n'est à cause des 65 milliards d'euros d'exonérations de cotisations aux entreprises françaises ? Et si l'on connaît le chiffre de la rémunération des actionnaires des seules entreprises du CAC 40, qui lui est supérieur, alors ne sait-on pas où est passé ledit déficit ?

Enfin bref, pour expliquer un peu d'économie, voici un lien qui ne me semble pas partisan : valeur ajoutée qui me parait sérieux sauf pour les chiffres (vous notez qu'ils n'ont pas de sources, ce qui est dommage...)

Je rechercherai un peu plus de données pour un autre billet.

Pour conclure, en tachant de ne pas être manichéen, voter à droite ne fait que renforcer la position des actionnaires qui abusent de leur position dominante dans le cadre d'une dérégulation globale et d'une mise en concurrence mondiale des salariés. Et même lorsque la gauche a des défauts, et n'est que modérée dans sa volonté de prendre parti dans cette lutte politique, il vaut mieux limiter les dégâts et la choisir.

mercredi 9 mai 2007

Les fondamentaux de la gauche, de mon point de vue naturellement... (partie 1)

Pour que vous me connaissiez mieux, et pour que le débat s'engage sur des bases saines, il me paraît important de donner quelles sont mes bases de la réflexion politique et mes fondamentaux.

Avant de donner des éléments de fond, quelques éléments de forme. Tout d'abord, en politique, pour moi, il n'y a pas de vérité. Il n'y a que des choix. J'ai un grand mépris pour les personnes qui pensent détenir la vérité et un non moindre pour ceux qui prétendent la dire. J'ai aussi un raisonnement qui ne me crée pas que des amis : j'ai tendance à réfléchir et me positionner sur le fond des choses, et pas en fonction des personnalités qui se présentent, en tous les cas, je m'efforce de le faire. Enfin, contrairement à ce que prétendront tous mes adversaires ou contradicteurs politiques, je suis prêt à des compromis conscients et clairs en partant du postulat que je ne peux pas avoir raison contre tout le monde, et ce avec la seule limite de ne pas renier un certain nombre de fondamentaux.

Sur le fond, je me sens à Gauche. Mais il faut préciser : de quel courant de la Gauche ? De celui qui veut la démocratie jusqu'au bout, pour reprendre une phrase célèbre. Cela est valable pour l'économie comme pour les institutions. Si un petit nombre de personnes, qui se cooptent entre elles, gèrent des sommes colossales, à défaut de les posséder, et que la gestion de ces masses monétaires est plus que déterminante dans la façon dont est organisé le monde, alors une oligarchie détient les clefs de l'existence de milliards d'êtres humains qui n'ont de revenus de subsistance qu'en acceptant les conditions dans lesquelles ont leur propose de travailler pour faire grandir cette masse monétaire. Dans le fond, c'est très marxiste comme analyse, du moins marxien comme le disent certains spécialistes dont je ne suis pas. La référence au nouvel âge du capitalisme me plaît bien et cette grille de lecture me paraît pertinente, même si, comme je l'ai dit, elle n'est qu'une grille de lecture.

L'idée d'agir afin que le maximum d'êtres humains prennent conscience de cela, de leur condition de salarié-e-s, et du pouvoir exagéré qu'ont les actionnaires des entreprises, ou les gestionnaires de fonds, sur eux, pour la seule raison qu'ils ont les moyens d'investir et de gérer le risque qu'ils ont de perdre tout ou partie de leur investissement, est en soi le combat de toute une vie pour des milliers et des milliers de militants en France et dans le monde. Ces militants ont des cultures très différentes, des stratégies très différentes aussi, mais ils ont une base commune.

L'association ATTAC, par exemple, malgré tous les reproches que l'on peut lui faire en France, a eu le mérite de mettre en lumière l'opacité avec laquelle les institutions mondiales comme l'Organisation Mondiale du Commerce, la Banque Mondiale, et le Fonds Monétaire International organisaient la dérèglementation de l'économie partout de le monde et forçaient, pour des raisons idéologiques héritées directement de Reagan et de Thatcher et des clubs qui les ont portés au pouvoir dans les années 80, des pays entiers à se soumettre des régimes économiques qui plongeaient dans la pauvreté des millions de personnes. C'est aussi grâce à elle que l'on a fait connaitre Denis Robert et son travail sur la véritable affaire Cleartream (lien ici et ici).

Des différentes lectures que j'ai pu avoir, il ressort, de mon point de vue, que le fonctionnement du capitalisme, et la vision du monde qui consiste à définir l'entreprise comme ayant pour but de faire des bénéfices ou profits est en concurrence directe avec la volonté d'une intervention publique, la volonté que les décisions d'orientation de la société soient prises par délibération et vote, par la volonté de préserver un développement durable, et enfin, incompatibles avec toute politique de l'emploi et des salaires afin d'empêcher la précarité.

Voici quelques premières bases. La suite très bientôt.