Je viens d’entendre l’allocution télévisée du président de la République. Au
milieu du discours habituel, des perspectives de ravages dans les acquis
sociaux, de destruction de la Laïcité, de chasse au clandestin en même temps
que de protection de la « liberté d’entreprendre », une phrase,
énorme :
Au sujet des bénéfices des entreprises, le président des néo-conservateurs
français affirme, sans ciller, qu’il souhaite que le partage de ces bénéfices
se fasse autrement, dans le rapport suivant : un tiers pour les
actionnaires, un tiers pour l’investissement, et un tiers pour les
salariés.
Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce passage,
allez voir ici (n'oubliez pas votre sac plastique avant d'attacher vos
ceintures).
Je me frotte les yeux, je vais prendre l’air, je reviens, je n’arrive plus à
écouter quoi que ce soit d’autre, d’abord parce qu’il est revenu aux poncifs de
base du MEDEF et du pape qu’il répète encore et encore, ensuite parce que cette
phrase m’obsède, tellement elle contraste d’un premier abord avec tout le
reste.
Elle contraste, parce que le petit empereur vient d’annoncer qu’il
souhaitait reprendre des dizaines, voire des centaines de milliards aux
actionnaires, et ce, par an, pour les donner aux salariés... Même le Parti
Socialiste n’énonce plus cette volonté dans ses programmes de peur d’effrayer
les économistes ou de faire fuir les capitaux.
Pour ceux qui sont fans des soucis des « vrais gens », ces dizaines ou
centaines de milliards pourraient, plutôt que d’être distribués aux
actionnaires, permettre de revaloriser les salaires, et aussi de boucher le
trou de la sécu, des caisses de retraites, d’investir dans des infrastructures
durables et écologiques, de relancer la recherche, et j’en passe… Exactement
l’inverse de ce que la majorité de Droite fait en ce moment, en supprimant des
hôpitaux, des tribunaux, des auxiliaires d’enseignement et des professeurs…
Que lui a-t-il pris ? Peut-être que c’est cela, l’ouverture, on mène la
même politique sauvage qui a conduit, par exemple, l'Argentine à se
révolter, il n'y a pas si longtemps que cela, de privatisations à outrance,
de destruction des services publics, de déréglementation de tout, de casse du
droit du travail, la même qui permet à la finance internationale de plonger
dans une crise sans précédent dont seuls les pauvres ou les petits
propriétaires seront les victimes, et on glisse une phrase, au milieu d’un
discours, pour amuser la galerie, une phrase sans conséquence puisque personne
ne la reprend, et certainement pas les médias…
Sans conséquence sauf que les français ne sont ni sourds, ni bêtes.
Je vous rassure, la redistribution aux salariés, dans ce qu’il a dit, devait
se faire sous forme d’épargne salariale,
c’est à dire en donnant des actions de leur entreprise aux salariés… Ces
actions, les salariés doivent les conserver sans les toucher pendant cinq ans,
elles ne donnent pas lieu à cotisation sociale et donc cela n’aide pas la
Sécurité Sociale qui pourra continuer de mourir afin que les grandes assurances
les remplacent un jour, et elles ne donnent pas droit à vote lors des
Assemblées Générales d’actionnaires… Et pour que
ces actions rapportent, il faut augmenter la productivité ou licencier des
salariés, enfin c’est ce que font les amis du personnage dont je parle depuis
le début de l’article… Ce qui fait que les salariés finissent par trouver des
arguments, lorsqu’ils sont intéressés aux résultats, à la dégradation de leurs
conditions de travail ou aux plans sociaux dont ils seront eux-mêmes les
victimes…
Finalement, il retombe bien droit dans ses bottes…