Questions de Gauche

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les points forts du débat

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samedi 29 avril 2017

A la veille du second tour de l'élection présidentielle 2017

Pour l’instant, je n’ai rien dit, à dessein. Le soir du premier tour, je savais ce que j’allais faire pour le second. Mais je ne savais pas comment j’allais le dire. J’ai pris le temps de réfléchir, j’ai pris le temps d’écouter.

Tout d’abord, je suis en complète phase avec la colère des insoumis. Pas celle sur le résultat. Lorsque l’on se présente aux suffrages des citoyens, on peut perdre. Pas non plus la colère contre les autres candidats de gauche. Ils ont exercé un droit que je revendiquais pour nous en 2012 lorsque l’on nous expliquait que nous étions inutiles.

Non, je ressens la même colère que beaucoup de gens au sujet de la politique menée ces cinq dernières années, qui a aggravé la précarité (retraites, salaires, logement, transports, prudhommes, …), contribué à la destruction du Service Public ( budget de l’Etat sacrifié, dotations des collectivités en baisse, justice, hôpital, poste, et tant d’autres, submergés, supprimés,…) , qui a distribué des milliards aux actionnaires grosses entreprises (CICE, Crédit Impôt Recherche, baisses de cotisations sociales, qui se sont pour beaucoup transformés en dividendes…), et mis à bas l’industrie française et permis la vente à la découpe des biens nationaux et des brevets. Je ne vais pas développer plus ici, ce seraient des milliers de pages à écrire, qui s’écrivent depuis 1983. Des renoncements successifs à une politique active de casse sociale, quand rendreront-ils des comptes ?

Je ne comprends pas que celui qui en bénéficie en premier soit celui qui préconise une politique plus dure encore pour les salarié-e-s, les chômeurs-euses, et un des premiers inspirateurs de ce que nous venons de vivre. Nous sortons de cinq ans pendant lesquels tout ce qu’a fait Sarkozy a été consolidé, aggravé, approfondi, sous couvert d’un vocabulaire social. Pendant que François Hollande nous disait : il faut préserver notre modèle social, lui et Emmanuel Macron en sapaient les bases. Pendant que François Hollande et Emmanuel Macron disaient qu’il fallait sauvegarder l’emploi, ils donnaient des gages à ceux dont les êtres humains sont la variable d’ajustement de leur système. Pendant qu’ils nous parlaient des valeurs de la République, ils proposaient la déchéance de nationalité pour les binationaux, oubliaient le droit de vote des étrangers et cautionnaient l’utilisation du 49-3 pour faire passer leurs lois iniques.

Je suis en colère contre eux, et je ne comprends pas (sans mélanger les deux sentiments) que l’apparence d’un renouvellement ait pris le pas sur la réflexion de fond. Ma frustration d’un résultat manqué à 650000 voix près alimente certes ma colère mais j’en ai conscience, et je n’en tiens pas compte dans ma réflexion.

Je comprends, mais je n’accepte pas, en revanche, la montée des fachistes en France. Ils sont bien organisés, ils ont des relais à beaucoup d’endroits, les médias leurs servent la soupe régulièrement. En effet, je m’attarde sur cette dernière affirmation car elle fera bondir un journaliste qui naïvement croit bien faire son travail : tendre le micro à tout bout de champ à quelqu’un, lui sourire et ne lui donner aucune contradiction aux heures de grande écoute a un effet autoréalisateur qu’il est interdit d’ignorer lorsque l’on dirige un média.

De plus, les fachistes français ont trouvé un filon dans la dénonciation de l’islam sous couvert de « Laïcité ». Ils pervertissent cette dernière, qui normalement a pour but le vivre ensemble, en un galimatias qui parvient à donner l’illusion aux victimes du racisme ordinaire que les laïcs et la gauche en sont complices (à leur plus grande horreur). Le mécanisme est simple et difficile à démêler. Si la gauche est complice, si la gauche est raciste, parce que les gens de gauche ont aussi des préjugés qu’il est simple d’assimiler à du racisme lorsque l’on subit une violence continue, parce que sous couvert de grands principes la République et une partie de la gauche se sont rendus complices de la colonisation et de l’esclavage, alors la gauche, disqualifiée sur ce terrain, n’est plus un rempart. Pire, ses exigences de principe et ses oppositions politiques à certaines idées religieuses en général deviennent autant de preuves supplémentaires, deviennent un problème et plus des solutions.

A cela s’ajoute le vol des revendications sociales par l’extrême droite à la gauche et leur mélange aux discours identitaires, sans aucune intention de les réaliser.

Un discours, insidieux d’abord, commence à apparaître, mettant dos à dos la gauche de combat et l’extrême droite afin de les disqualifier toutes les deux. Ce discours rend service à l’extrême droite (qui ne proteste jamais lorsqu’il est entendu) et la fait apparaître comme valide à ceux qui cherchent une issue à la situation actuelle. Toutefois, il est principalement théorisé par des groupes, préconisant une politique de centre droit, qui se ressentent indifféremment les ennemis de la gauche et du fachisme. Ils disent « les extrêmes », ils dessinent les leaders de la gauche avec des brassards inspirés du nazisme, ils entretiennent la confusion entre la forme et le fond, assimilant les tribuns de gauche avec ceux d’extrême droite. Ce discours décourage les citoyens de gauche car ils doivent passer du temps à se justifier de ce qu’ils sont étrangers aux idées fachistes plutôt que de développer leurs thèses, alors que l’extrême droite peut s’en servir pour se donner une apparence de défenseure du peuple.

Ce discours me met en colère aussi. Je n’ai pas à me justifier. Je ne suis pas quelqu’un qui a seulement des bonnes intentions et dont les actions vont conduire à un régime fachiste. Je veux la Liberté, l’Egalité, la Fraternité. C’est le contraire de ce que veulent les fachistes. Cette comparaison m’empêche de m’exprimer, et vous empêche de réfléchir. Si vous êtes de gauche, je suis empêché de vous convaincre d’agir. Si vous êtes de droite, je suis empêché de vous convaincre que je suis certes un adversaire politique, mais pas un ennemi. Cette comparaison profite aux actionnaires des multinationales dans un premier temps, mais surtout aux fachistes à moyen terme.

Ma colère analysée, je dois maintenant écouter ma raison. La présidentielle est perdue. J’ai le choix entre un adversaire et un ennemi mortel. Certes mon adversaire se sert de mon ennemi pour me disqualifier. Je le sais. Mais l’élection est perdue. Il y a d’autres combats, tant que c’est face à mon adversaire que je me trouve. Il n’y en aura plus dans l’autre cas.

Je sais que c’est facile pour moi. Il y a des gens qui ont tellement perdu qu’ils ne peuvent imaginer voter pour celui qui les a mis, eux, leur famille, leurs amis, dans la misère. Je ne juge pas cela. Je ne peux pas le condamner. Je voudrais leur dire que l’on peut descendre plus bas encore avec les fachistes, et regretter qu’ils ne parviennent pas à l’imaginer. Comment le pourraient-ils ? Moi, à l’abri de ma situation économique pas encore totalement désastreuse, je me dois de faire en sorte que des combats soient encore possibles. Par égard aussi pour mes amis qui seraient des victimes immédiates de violences directes, en plus de la précarité organisée par les fachistes pour eux, je me dois d’empêcher ces violences directes. Car le racisme rôde encore masqué, la parole raciste existe mais les actes violents sont encore maîtrisés. Bien sûr, les actes violents existent, mais leur proportion est sans commune mesure avec ce qu’il pourrait arriver si le discours dominant du pouvoir exécutif donnait l’autorisation d’agir à des milices, des groupes armés, des policiers, des militaires… Il y a d’autres digues qui peuvent se briser après celle qui empêchait la parole raciste.

Dans l’isoloir, je ne peux m’imaginer voter blanc. Je préfère acter la défaite cette fois ci (on verra aussi ce qui sera possible aux législatives) et concéder la victoire à mon adversaire, plutôt que de regretter plus tard de voir mes prédictions se réaliser. Je garde ma colère pour avoir de la force dans les combats à venir, plutôt que de me laisser détruire par elle et de prendre le risque de voir mes amis détruits. Je mettrai un bulletin Macron dans l’urne. Mais qu’il prenne bien garde. Car ma colère n’est pas apaisée. Mon envie d’en découdre non plus.

De la même façon que je ne juge pas ceux qui ne feront pas comme moi (car je sais que nous nous retrouverons dans les batailles à venir. Nous avons les mêmes constats même si nous n’en tirons pas les mêmes conclusions, et nous avons les mêmes idéaux), j’espère que personne ne jugera personne. Sinon, je crains que la gauche ne soit définitivement brisée. J’ai déjà vécu un échec qui brise une équipe localement. Je ne souhaite pas le revivre à aussi grande échelle. Les conséquences en seraient désastreuses.

mercredi 19 octobre 2011

Un interview résumant bien la situation

J'ai trouvé ce long article particulièrement intéressant et en conséquence je diffuse son texte, il résume bien la pensée du Front de Gauche au démarrage de l'année et de la campagne.

C'est un article de mediapart, je cite ses auteurs et ma source donc. Bonne lecture, n'hésitez pas à le diffuser !

Mélenchon ravi d'être face au «grand bol d'eau tiède» Hollande

18 OCTOBRE 2011 | PAR STÉPHANE ALLIÈS ET LÉNAÏG BREDOUX

Il savoure d'avance la bataille. La large victoire de François Hollande à la primaire socialiste réjouit son ancien camarade, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle. Lui promet un «débat exigeant» et une accélération de sa campagne dans les prochaines semaines. Au programme: la mise en place «d'assemblées citoyennes» et les ventes du livre-projet L'Humain d'abord, déjà diffusé à 220.000 exemplaires. Son équipe de campagne est présentée ce mardi. Strictement paritaire, elle doit refléter la diversité du Front de gauche, qui regroupe désormais six formations de la gauche radicale. Entretien.

Au lendemain de la victoire de François Hollande, quelle analyse tirez-vous de cette primaire?

Jean-Luc Mélenchon. Il y a des aspects très paradoxaux. Les primaires ont créé de la politisation et réveillé l'appétit de débat politique. C'est positif. Une partie de la mouvance de gauche s'est déplacée pour voter, y compris parmi les nôtres et malgré nos consignes de ne pas y participer. Mais il y a des aspects moins positifs avec le siphonnage médiatique qui débouche sur une fermeture du champ politique. Car même si deux ailes se sont distinguées autour de Valls et Montebourg, on a assisté à une discussion qui est restée à fleurets mouchetés entre pareil et même.

Passons à la suite. On a eu la primaire, très bien. A présent passons aux assemblées citoyennes! Notre rôle est maintenant de souffler sur les braises pour que l'incendie de la rébellion se propage. Ce n'est sûrement pas d'aller faire des déclarations sectaires en contemplant le reste du monde depuis notre donjon.

Comment expliquez-vous le score réalisé par Arnaud Montebourg au premier tour?

C'est un événement incroyablement favorable. Cela a été l'imprévu et la superbe nouvelle. Car si le siphonnage médiatique du débat a eu tendance à rabougrir la discussion politique, la présence de Montebourg a élargi la légitimité du Front de gauche et désenclavé notre discours. C'est un apport considérable: au lieu de nous éliminer du tableau, l'inverse s'est produit. La politique doit d'abord être vécue comme la construction d'espaces culturels: de ce point de vue, l'espace culturel de l'autre gauche a réaffleuré à la surface. Et c'est très bon pour nous.

Par ailleurs, sur le résultat, il y a une ironie mordante de l'histoire qui ne se révélera que progressivement. Car les primaires ont finalement abouti à investir l'ancien premier secrétaire qui a dirigé le parti socialiste pendant 11 ans et qui se vante d'avoir été à la tête des affaires à l'occasion de deux défaites! Après tous ces discours sur la rénovation voilà le bilan : tout ça pour ça! François Hollande a révélé le redoutable homme d'appareil qu'il est. Il a su transformer tout ce qui s'est passé depuis son départ de la tête du PS en un intermède sans signification politique particulière. Nous voilà ramenés aux conditions du débat qui ont justifié mon départ du Parti socialiste.

François Hollande est la figure emblématique de la mutation du socialisme français: il est le premier à avoir ouvert la voie clintonienne des prétendus « modernisateurs », dont Tony Blair a été la figure de proue européenne. Le débat sur la grande question de l'orientation à gauche, entre une ligne démocrate et une ligne de combat qui est désormais incarnée par le Front de gauche, va pouvoir avoir lieu.

C'est passionnant! Car ce n'est pas un débat entre deux personnes:il touche à l'identité de la gauche et, plus généralement, du pays. Avec l'aggravation de la crise, ce n'est plus une confrontation théorique abstraite mais une question d'actualité: que fait-on à gauche une fois au pouvoir? Le premier ministre grec Papandréou ou moi?

Pendant la campagne des primaires, la force de Hollande est de s'être ostensiblement limité au service minimum de gauche sans broncher, avec un magnifique sandwich au pain et un très grand bol d'eau tiède. Il a ramené tout le programme de la gauche à deux amuse-gueules: 60.000 emplois dans l'éducation nationale et le contrat de génération, c'est-à-dire la culpabilisation de tout travailleur de plus de 50 ans, prié de se demander ce qu'il fait là puisqu'il doit aider un jeune à prendre sa place...

Dans votre livre En quête de gauche, vous évoquez François Hollande en des termes peu amènes. Vous parlez d'un «sophiste raffiné» et de son «balancement circonspect, figure centrale de l'enseignement de l'ENA»...

Je ne m'étais pas trompé! Et cela confirme une chose: en politique, des personnages et leurs orientations correspondent à des moments. Je ne pourrais pas être le porte-parole du Front de gauche et je ne serais pas crédible avec notre programme si je n'étais pas l'homme entier, parfois excessif, que je suis. C'est la même chose pour François Hollande: il est celui qui correspond le mieux à la ligne sociale-centriste.

Mais pour avoir été longtemps, au sein du PS, un de ses principaux opposants et pour avoir remarqué sa capacité à éviter les affrontements idéologiques, ne craignez-vous pas de l'affronter lors de la campagne à venir?

Mais non c'est l'inverse! François Hollande est le candidat qui clarifie le champ politique. Dès qu'il apparaît sur la scène, le Front de gauche réoccupe mécaniquement une position centrale dans l'espace idéologique traditionnel de la gauche, au lieu d'apparaître comme le M. et Mme Plus dans une logique de surenchère. Pour moi, la situation est plus simple désormais.

Prenons l'exemple du nucléaire. Jusque-là, nous étions perçus, avec notre projet de référendum, comme ceux qui ne parvenaient pas à trancher. Nous sommes désormais centraux entre les pète-sec – les écologistes – et "M. Je ne fais rien" – François Hollande. Même chose sur les licenciements boursiers: Hollande veut les rendre plus chers. Nous, on veut les rendre impossible! Ou bien un licenciement est justifiable par des raisons économiques ou de personnes, ou bien il ne l'est pas, et il doit être rendu impossible!

Il est pourtant difficile de prédire aujourd'hui quelle campagne fera François Hollande. Il peut s'ancrer davantage à gauche, ou donner un espace important à Arnaud Montebourg. Quel serait alors votre espace?

Oui, ce sera compliqué. Il peut tout nous arriver. On peut être effacé en route. Je ne vois pas comment. On peut aussi être effacé au dernier moment parce que surgira un événement qui bouleversera tout. Mais à l'inverse, Hollande peut être éjecté du processus parce qu'au centre, il y a déjà un occupant. C'est M. Bayrou.

J'ai toujours dit que la prochaine présidentielle ne ressemblera à aucune autre. Même si les gens se calment, ce sont les événements qui s'accélèrent. A la compétition des personnes s'ajoute une modification permanente de la scène. Les grands présents d'il y a cinq mois ont aujourd'hui disparu: Olivier Besancenot et Dominique Strauss-Kahn. On a aussi assisté au théâtre de boulevard autour de l'entrée et la sortie de Jean-Louis Borloo. A gauche, nous ne sommes plus que cinq candidats: c'est le niveau le plus bas depuis 1995. Et si Philippe Poutou pour le NPA n'obtient pas ses signatures, nous ne serons plus que quatre: ce serait un record du petit nombre! Donc l'argument de la dispersion ne fonctionne pas cette fois...

Dans le résultat de la primaire, on voit pourtant que l'effet vote utile a déjà fonctionné...

A nous de faire la démonstration que le vote utile, c'est nous. C'est tout l'enjeu de la campagne! Si j'arrive à prouver que le vote utile est celui qui assume la confrontation avec le système financier, qui veut transformer les institutions et organiser le partage des richesses, j'ai gagné. Sinon, Hollande l'emportera. Mais le jeu est très ouvert.

Dimanche soir, les partisans de François Hollande ont affirmé que le score de leur champion était lié à son plaidoyer pour une gauche «apaisée». Ne sentez-vous pas un besoin d'apaisement?

Je n'en crois pas un mot. Depuis Giscard, on sait ce que vaut le coup de la France décrispée. Les décrispeurs crispent tout le monde! Les gens vivent une souffrance incroyable. Le problème de la gauche est de savoir comment parler aux millions de gens qui pensent que tous les politiques sont pareils. C'est savoir répondre à l'angoisse de survie... J'étais récemment à Florange où l'usine, l'hôpital, l'école ferment... Les gens sont dans un état de prostration, ils n'entendent rien de tout ce spectacle. Plus que jamais, je pense que la politique, c'est 20% à 25% de convaincus de chaque côté avec, au milieu, une masse immense de gens qui ne se déterminera pas sur des étiquettes mais sur leurs impressions sur des candidats et sur les contenus programmatiques.

On est dans une période où il va falloir contraindre au partage et affronter un système financier devenu fou et insatiable. L'Espagne vient de voir sa note dégradée, ce sera bientôt la France. Tout le monde sera mis au pied du mur et devra choisir: céder ou combattre? La centralisation du Front de gauche dans l'espace de gauche m'aide beaucoup à mieux maîtriser le déroulement de la suite. Pour l'instant, je me contente de renouveler mon offre publique de débat aux socialistes.

Mais vous disiez, toujours dans votre livre, qu'il était impossible de débattre avec lui, qu'il représente «l'effacement des contradictions qui traversent la société, l'effacement de la notion même d'affrontement»?

Cette fois, il va bien falloir qu'il l'accepte. Il n'aura pas avec moi un interlocuteur complaisant. Je reconnais cet homme comme un personnage intelligent, cultivé, qui a des choses à dire. Il ne pourra pas faire une collection de calembours et trois vannes à deux balles. Ça, c'est possible dans le secret des conseils nationaux du parti socialiste.

Devant tout le monde, il devra répondre oui ou non à la VIe République. Est-il favorable à une assemblée constituante? A augmenter le Smic? Lors du débat, Hollande a dit qu'il voulait augmenter le Smic de la moitié de la croissance de l'année. Or, avec l'inflation, cela veut dire qu'en 2010, il donnerait moins de salaire que Nicolas Sarkozy!

Il ne lui suffira pas non plus de répondre en martelant la "crédibilité". Mais quelle est la crédibilité d'une relance de l'économie avec des salaires et des recettes de l'Etat qui ne bougent pas? Que nous propose-t-il à part la politique qui s'applique dans toute l'Europe, de restriction des dépenses publiques et de contraction des salaires? Il faudra avoir avec François Hollande un débat exigeant.

Voulez-vous faire de la question salariale un thème central du débat en 2012?

J'y ai intérêt. La question centrale est bien celle du partage des richesses. Il faudra donc parler des salaires. C'est le vieux sujet tabou de la résignation: c'est toujours trop. Quand je propose un Smic à 1.700 euros, j'en vois qui sont à la limite de défaillir. Or c'est juste l'augmentation qu'on a fait passer en 1981. Et c'est moins que ce qu'on a fait en une nuit en 1968. C'est dire la régression dans la compréhension de la centralité de la question du partage des richesses...

Entre les 17% d'Arnaud Montebourg et l'aile gauche du PS autour de Benoît Hamon, espérez-vous des ralliements, à tout le moins, des voix en plus?

Evidemment. Je ne parle pas des cadres car la dimension de carrière joue un rôle important. Je n'ai pas de places à offrir et je n'ai pas d'argent. Mais dans le peuple de gauche, il me faudra convaincre. La partie sera rude mais beaucoup de gens sont potentiellement sur le même terrain que moi. Jusqu'à la fin de l'année, notre enjeu est de conquérir la sympathie, la reconnaissance et la légitimité sur les cadres intermédiaires de la gauche. Je parle des milliers de leaders syndicalistes et de leaders associatifs. Ces gens-là ne se laisseront pas attraper avec du vinaigre. La légitimité et l'autorité du Front de gauche vont donc s'étendre.

Au-delà, on a vu des partisans du Front de gauche, comme le conseiller général Patrick Viverge faire la campagne d'Arnaud Montebourg. A terme, espérez-vous une recomposition à gauche?

Evidemment. Je ne travaille qu'à cela. Je veux un autre cadre pour le pays. Et le score que je ferai bouleversera la donne. Mais, pour l'instant, je ne m'agite pas. Les socialistes entrent dans leurs investitures pour les législatives: le PS a une grande maîtrise de ce genre de calendrier. Le vainqueur va évidemment dépouiller les vaincus, dont les circonscriptions seront réservées aux femmes, ou aux alliés. Laissons passer ce moment-là mais, déjà, je sens que cela bouge.

Quand j'étais au PS, en 2007, on a avalé le résultat qui nous choquait mais on a essayé d'être utile dans la campagne de Ségolène Royal. Mais il y avait une telle distance entre la candidate et la masse des socialistes organisés que la machine grippait sans arrêt. Ce ne sera pas le cas de François Hollande. Il est l'homme de l'appareil, il connaît la maison comme personne. Un homme capable de recycler Robert Navarro recyclera tout le monde. Et puis il va pleuvoir des titres: quand il était premier secrétaire, il y avait plus de monde au secrétariat national qu'au bureau national! Avec toutes sortes de gens dans la pièce... J'en ai même connu une qui assistait aux réunions du BN et qui n'était pas membre du Parti socialiste! C'est dire le niveau de dilution qui régnait.

François Hollande est l'homme de cette mouvance bazardifiée. Mais cela ne convient pas à ce que des milliers de gens sincères mettent dans l'engagement politique. Je le sais. J'ai déjà fait une répétition générale de ce genre de campagne: c'est ma campagne dans le grand sud-ouest aux européennes.

En quoi cette campagne de 2009 était une répétition générale?

Les gens d'appareil oublient que la gauche est faite de gens de gauche. Ils ne sont pas prêts à avaler n'importe quelle combine politicienne. Et même au-delà: lors de cette campagne, des socialistes ont voulu me donner un coup de main. Parce qu'ils me voyaient comme l'un des leurs et qu'ils ont dans le cœur les thèmes que je porte.

Des socialistes ont fait votre campagne?

Oui, ils ont distribué des tracts, collé des affiches... et désorganisé le dispositif des autres en ne faisant rien! Ne perdez pas de vue que je suis de culture socialiste. Je viens de ce courant. En dépit de tous les efforts que des dirigeants pour me ringardiser ou me guignoliser, cela n'a servi à rien. Au contraire: mon espace politique est élargi et, aujourd'hui, les choses deviennent plus simples. Chacun est à sa place, dans son discours et son authenticité.

Vous présentez ce mardi votre équipe de campagne. Comment espérez-vous pouvoir vous «enraciner» comme vous le souhaitez pour convaincre?

Mon affaire est séquencée jusqu'à la fin de 2011. On sort des primaires plus forts, plus tranquilles. Novembre, pour nous, doit maintenant être le mois où on va faire jouer les muscles. On va organiser des ventes de masse du programme et les premières assemblées citoyennes.

Depuis le début du Front de gauche il y a trois ans, vous parlez d'assemblées citoyennes. Mais pour l'instant, on n'en a pas vu la réelle efficacité.

Au départ, cette idée partait d'une intuition. Ce qu'on sentait à l'époque, c'est la révolution qui a éclaté dans le Maghreb et le mouvement des indignés. Nous sommes dans une situation de type pré-68 avec la même vague universelle, mais avec des contenus différents. Aujourd'hui apparaît une masse de jeunes salariés frustrés qui entraînent d'autres franges de la population.

En France, l'effet "indignés" est atténué par la proximité de l'élection car, à tort ou à raison, les gens se disent qu'ils vont régler leurs comptes à cette occasion. Sans compter qu'en France, au contraire de l'Espagne, les syndicats ne sont pas disqualifiés.

Les assemblées citoyennes doivent permettre que les gens investissent le champ des problèmes politiques sur le mode de 2005, en plus large. C'est la formule algébrique. Après, la formule arithmétique est plus difficile à trouver. Car certaines assemblées citoyennes ressemblent déjà davantage à des comités de soutien électoraux qu'à un soviet! Parfois, cela ressemble à un collectif anti-libéral et, parfois, c'est le tout-venant avec des gens qui ont participé aux primaires...

Nous essayons d'être collés au terrain avec l'idée que la marée va monter. Il ne faut pas faire une campagne à l'ancienne avec seulement des tracts, des affiches et pour seul slogan, "votez pour mon candidat, il lave plus rouge que les autres".

Pourquoi?

Parce que cela ne correspond plus du tout au moment politique. Si vous dites "faites moi confiance", les gens disent "mon œil".

Mais quand vous allez voir des ouvriers, à la Fonderie du Poitou Alu par exemple, vous remarquez bien à quel point ils peuvent être éloignés du Front de gauche...

Parce que la société est atomisée de mille et une manières. Avant, il y avait des liens, l'Eglise, le parti et les institutions communes. Tous les hommes allaient à l'armée... Tout cela a explosé. Mais aussi tous les identifiants politiques communs. La nation est devenue une affaire réservée à quelques-uns; la gauche et la révolution sont inconnues au bataillon et le capitalisme est le régime d'Etat. Donc oui, on est loin. Et c'est une poudrière.

La stratégie de votre campagne sera de taper sur les socialistes, sur la droite, ou sur Marine Le Pen?

La droite, bien sûr. Les contenus vont tout régler. Les gens ne supportent pas qu'on dise du mal des personnes. Aujourd'hui, personne n'aime Sarkozy mais il ne faut pas s'y fier. Rappelez-vous ce qu'on disait de Chirac ou de De Gaulle. Tout le monde était anti-gaulliste, sauf les électeurs. Cette fois, c'est pareil. Cela ne suffira pas. Mais cela devient plus simple dès lors qu'on évoque les contenus.

Par exemple, à Florange, on m'a demandé si j'étais d'accord pour interdire au Front national de participer à la manifestation. Spontanément, je n'avais aucun problème. Mais il fallait l'expliquer rationnellement. Un syndicaliste m'a expliqué qu'il n'en voulait pas car le FN venait les diviser. Voilà, c'est simple: cela part des contenus, pas de l'étiquette ou de la diabolisation. Je ne vais pas discuter de savoir si le MoDem, c'est mal parce que M. Bayrou a gouverné avec la droite. Même si cela signe un pedigree! Je vais dire que je suis contre la TVA sociale dont M. Bayrou est partisan. Les contenus dénouent toutes les questions politiciennes. Il ne faut jamais faire de querelles de personnes.

Pour François Hollande, j'aurai aussi plein de choses à dire sur son rapport à la classe ouvrière et les rapports de force sociaux. Quand on est socialiste, on n'est pas là uniquement pour organiser le bal mais aussi pour dire sur quelle musique on danse. Hollande a proposé de mettre dans la Constitution le fait que le contrat soit au-dessus de la loi. Mais sa République contractuelle n'est pas la République française, une et indivisible! C'est un bouleversement de l'ordre juridique français. Et qui a des conséquences concrètes: pour un syndicaliste, cela signifie qu'il est abandonné au rapport de force avec son patron.

Est-ce envisageable de faire un accord de gouvernement avec François Hollande?

Il va y avoir un débat. Dans une campagne, on ne descend pas de la montagne avec ses tables de la loi qu'on révèle. Il y a des étapes. Là, on est dans la semaine de l'épectase de François Hollande. Moi, je n'ai rien contre lui, je n'ai pas de compte personnel à régler avec lui. Même s'il n'a pas été très régulier avec moi. Ce n'est pas une affaire de personnes. Mais là, c'est vraiment trop beau comme débat.

Quand vous entendez François Hollande se revendiquer de plus en plus de François Mitterrand, cela vous donne-t-il envie de lui contester cette filiation?

J'ai gagné mes galons il y a longtemps et je n'ai pas de leçons à recevoir. Celui qui a rassemblé à nouveau des pièces et des morceaux des socialistes avec des communistes, c'est moi. Hollande, lui, est en train d'expulser, une nouvelle fois, du camp de la gauche des gens qui devraient y avoir leur place. Au profit d'alliances hasardeuses avec M. Bayrou. Mitterrand avait une très bonne formule à ce sujet: «Ils ne sont ni de gauche, ni de gauche.» Hollande veut une alliance avec eux: à nous d'empêcher ce désastre d'être consommé. Périssent ceux qui s'y abandonnent.

En réalité, le choc entre Hollande et moi, c'est celui de la gauche contemporaine. Comme à l'époque l'affrontement entre Blair et Jospin. Aujourd'hui, c'est saluer le courage de Papandréou en Grèce ou c'est dire, comme moi, qu'il est un lâche et un désorganisateur de la lutte. Que feront les socialistes? Payer la dette? Petit à petit, je vais tellement secouer Hollande qu'il va être obligé de bouger. Je vais essayer de l'arracher à ses atavismes. Et plus il lâchera, plus il me renforcera. C'est mon raisonnement. C'est ma stratégie de conquête du pouvoir et de l'hégémonie à gauche.

Ensuite, on arrivera à l'épisode numéro trois: fait-on quelque chose ensemble? Le Front populaire est une série d'événements que personne n'a contrôlés. Il y avait un accord électoral qui prévoyait un gouvernement des radicaux, les socialistes apportant l'appoint. Finalement, ce fut l'inverse! Cette année, les événements politiques et sociaux seront-ils synchrones? Si tel est le cas, l'élection sera extrêmement volatile.

L'entretien a eu lieu à Paris lundi pendant plus d'une heure. Il a été relu et amendé à la marge par Jean-Luc Mélenchon.

BC

vendredi 16 janvier 2009

Pour un front de la Gauche du "NON"

Pas beaucoup écrit ces derniers temps sur ce blog. Grippe en décembre, varicelle des enfants, travailler 3/2 temps pour gagner sa croûte, et construire un parti politique... Pardonnez mon besoin de sommeil au moment où ce serait habituellement l'instant d'écrire. Écrire permet de faire le point et de mettre de la distance.

Pardonnez-moi aussi de ne pas écrire ici à chaud sur l'international, je me contente d'aller aux manifestations et de soutenir tout texte qui demande l'arrêt immédiat des crimes de l'Etat d'Israël compte tenu notamment de la disproportion des moyens utilisés et de l'oppression qui résulte de la politique du gouvernement de cet Etat envers "les territoires occupés" de Gaza et de Cisjordanie. Je vous renvoie pour cela au texte signé notamment par le Parti de Gauche avec lequel je suis en accord à la virgule près.

Je souhaitais redémarrer l'année en vous exposant l'objectif principal de mon nouveau parti pour 2009. Cette année, qui ne sera bonne que pour ceux qui ont du patrimoine économique et culturel, sauf si la mobilisation politique et syndicale conduit à un recul ou un renversement du pouvoir actuel au service du MEDEF, la plus grosse occasion de montrer notre détermination et de donner le signal est de faire gagner le NON de gauche au verrouillage libéral de l'Europe lors des prochaines élections européennes de juin prochain.

Pour réussir cela, le meilleur chemin est de parvenir à construire un front commun de la gauche sur la base du refus du Traité de Lisbonne, et de l'urgence sociale. L'un ne peut pas aller sans l'autre. Comment obtenir des mesures sociales et une harmonisation européenne si le Traité de Lisbonne l'interdit ? Comment permettre l'émergence d'institutions européennes fortes et capables de sauvegarder l'intérêt des salariés quand la seule règle écrite et inviolable est celle de la concurrence et de la non ingérence de la politique dans les affaires économiques ? Comment obtenir un bouclier social alors que la crise fait rage, si la position dogmatique de la Commission Européenne est de ne surtout pas intervenir, ne serait-ce que pour sauver leur système ?

Face à la droite de la "moralisation" et la gauche de "l'aménagement", que souvent j'appelle la droite qui frappe et la gauche qui tend l'autre joue (et qui peut se le permettre car ce n'est pas elle qui souffre), il faut une véritable alternative qui se montre unie et forte. Nous savons que dans le désespoir, le peuple se tourne vers toutes les solutions qui s'offrent à lui. Sans unité du NON de gauche, le cycle qui va s'ouvrir sera très douloureux et conduira dans un premier temps à ce que les libéraux aient le champ libre. Le Front de Gauche est un projet, une occasion unique, dont l'enjeu dépasse de loin l'avenir de telle ou telle organisation. Partout en Europe, là où c'est possible, des listes doivent apparaître comme une alternative radicale, donc crédible, à l'enfer libéral que l'on nous propose. Pour cela, il nous faut un second 29 mai 2005, une mobilisation importante de chacun.

Le déclic, celui qui poussera les français à répondre présents, c'est le Front des forces de gauche refusant le Traité de Lisbonne et sa logique, le Front des forces de gauche pour une Europe Sociale maintenant. Le Parti de Gauche l'a proposé, la création du Parti de Gauche l'a rendu possible. Le Parti Communiste a voté en congrès le principe de sa participation à ce front. Il existe donc déjà. Mais la dynamique de ce Front ira beaucoup plus loin, je le répète. Il est capable d'accoucher d'un projet commun dont les fondations seront celles du collectif, un projet européen qui renversera les digues du capitalisme. Tout le monde sait qu'en politique, un plus un ne font pas deux mais trois. J'attends avec impatience la réponse du NPA, et je sais que le débat a lieu en son sein. Ce nouveau parti a son congrès une semaine après celui du Parti de Gauche. J'attends avec impatience ce que vont faire les Alternatifs. J'attends avec impatience ce que vont dire LO et le POI. Il y a d'autres forces encore, mais qui ne sont pas des partis et qui ont des membres appartenant à des partis, comme "la Fédération", ATTAC, le MPEP, et d'autres. Tout cela a déjà, ensemble, obtenu le NON au Traité Constitutionnel Européen. Il faut maintenant obtenir un résultat en positif, en proposition. Une revanche sur la présidentielle, sur notre incapacité à nous unir à ce moment-là.

Il n'y aura pas de telles occasions à chaque élection. C'est la grandeur de nos idéaux qui est en jeu et notre capacité de résistance future à la pression du MEDEF. Faisons les pas nécessaires. Nous avons toujours pu travailler ensemble lorsqu'il s'est agi de résister (JDC, parainnages de Sans Papiers, défense des services publics,...), maintenant il faut construire ensemble.

lundi 12 mai 2008

Traité de Lisbonne et Laïcité

Après de sérieux échanges avec des camarades sur la nouvelle campagne de PRS concernant la Laïcité, qui affirme que le traité de Lisbonne ignore la Laïcité, et que celle-ci " dans son article 10, comporte un droit à la manifestation publique des croyances qui contredit les lois françaises d'interdiction des signes religieux à l'école", un certain nombre d'arguments voient le jour et nécessitent d'être exprimés publiquement.

L'échange concernait principalement ce droit à la manifestation publique et non la reconnaissance des églises qui figure dans le traité de Lisbonne et qui est un autre argument contre un traité, qui fait des religions, non seulement des entités que les institutions reconnaissent, mais avec lesquelles elles s'engagent à dialoguer, donc auxquelles elles accordent d'office un droit d'influence sur les politiques publiques.

Sur le droit à la manifestation publique des croyances, qui est l'objet de ce billet, celui-ci se trouve à l'article 10 de la charte des droits fondamentaux. Attention à bien lire la version de 2007 et non celle de 2000, vous pouvez d'ailleurs vous amuser à lire les différences (article 52 sur la portée de la charte notamment).

La première réponse des partisans du traité, c'est de dire que l'article en question est directement issu de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH), et donc que critiquer cet article reviendrait à critiquer la Déclaration des Droits de l'Homme. On devrait en déduire immédiatement que les opposants au traité de Lisbonne sont donc opposés à la Déclaration des Droits de l'Homme (et ça concorde parfaitement avec l'argument que ce sont de dangereux extrémistes, nationalistes, et autres noms d'oiseau que l'on entend régulièrement à notre sujet).

Bien entendu, l'ensemble des camarades internationalistes et altermondialistes et Républicains, qui forment la majorité des opposants à l'ancien Traité Constitutionnel Européen, et maintenant au traité de Lisbonne, qui sont pour une Europe, mais une Europe qui n'empêche pas des vraies politiques publiques de Gauche dans le texte même des traités qui la fondent, ces Camarades sont les premiers à défendre la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Simplement, il est drôle de trouver sous la plume de ceux qui nous accusent sans arrêt d'extraire de leur contexte des bouts d'article des traités pour les critiquer, exactement cette façon de faire.

En effet, la République Française a adopté notamment deux lois contradictoires avec l'article 18 de la DUDH, la loi de séparation des églises et de l'Etat (1905), et la Loi d'interdiction des signes religieux ostensibles à l'école (2003). Comment alors cela est-il possible ? La République Française est-elle depuis 1905 traître à la Cause avant même que les "méchants europhobes" ne s'y soient mis à leur tour ? Bien sûr que non, vous vous en doutez bien. La DUDH, dans son article 29 alinéa 2, autorise les Etats à voter, dans un cadre démocratique bien sûr, des restrictions aux droits donnés par la DUDH "exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique."

Dans le cadre Républicain, les "justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien être général" sont décidées par la délibération collective et l'arbitrage des institutions républicaines qui sont garantes de l'intérêt général, c'est à dire notamment que ses membres statuent, non pas en réfléchissant à ce qui est bon pour eux, mais ce qui est bon pour tous.

La question n'est pas de savoir si l'article 10 de la Charte des Droits Fondamentaux est la recopie de l'article 18 de la DUDH, mais si le dispositif qui permet aux Etats de restreindre les droits de la charte (sous réserve que ces restrictions soient prises dans un cadre démocratique, bien sûr) est reconduit dans la Charte des Droits Fondamentaux. Dans la DUDH, cela correspond aux articles 29 et 30. Dans la CDF, cela correspond aux articles 52 et 53. Vous pouvez vous reporter à ces articles, je vais ici citer les extraits qui se correspondent :

DUDH : Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.

CDF : Toute limitation de l'exercice des droits et libertés reconnus par la présente Charte doit être prévue par la loi et respecter le contenu essentiel des dits droits et libertés. Dans le respect du principe de proportionnalité, des limitations ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d'intérêt général reconnus par l'Union ou au besoin de protection des droits et libertés d'autrui.

C'est à dire que l'alinéa est plus restrictif dans le deuxième cas, notamment par l'obligation pour des limitations de répondre à des objectifs d'intérêt général reconnus par l'Union, ou de respecter le contenu essentiel des droits et libertés énoncés par la Charte.

C'est ce qui permet d'affirmer que la Laïcité est au mieux ignorée du Traité de Lisbonne, et au pire menacée par lui.

L'alinéa 3 de l'article 52 de la CDF indique de même :

" Dans la mesure où la présente Charte contient des droits correspondant à des droits garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, leur sens et leur portée sont les mêmes que ceux que leur confère ladite convention. Cette disposition ne fait pas obstacle à ce que le droit de l'Union accorde une protection plus étendue. "

Cet alinéa s'applique uniquement aux articles conférant des droits, et non à l'article décrivant la portée de la charte (l'article 52). Donc l'article faisant mention de limitation des droits, lui, ne doit pas être lu comme étant de même sens et de même portée que ceux que leur confère la CESDH... Ce qui confirme bien les craintes que l'on peut avoir.

Nous ne pouvons pas passer sur l'alinéa 4 qui indique que les droits reconnus dans la CDF doivent l'être en harmonie avec les traditions constitutionnelles communes aux Etats membres, traditions dans lesquelles la Laïcité ne se trouve pas...

Je consacrerai un billet entier à l'alinéa 5 de l'article 52 de la charte, car il limite l'aspect contraignant, de mon point de vue, de la Charte, puisqu'il limite son application aux actes qui se font dans le cadre du droit de l'Union, d'une part, et d'autre part indique que les dispositions de la charte peuvent être mises en œuvre, sans obligation... Cela cela a forcément des conséquences. Mais de deux choses l'une, soit la charte est contraignante, soit elle ne l'est pas. Dans ce dernier cas, ce n'est même pas la peine de discuter de l'article 10 de la CDF, en revanche, on peut se demander si le Traité en vaut vraiment la peine...

jeudi 20 mars 2008

L'initiative économique EST politique

J'avais écrit, avant les élections (mais j'ai publié le billet après celles-ci), que la première escroquerie des libéraux, c'est de clamer partout que l'initiative économique n'est pas politique.

Les "idéologues interventionnistes" (notez l'ironie SVP)(notez aussi l'ironie de la remarque), dont je fais partie, sont honnis sous prétexte d'être emplis d'arrières pensées politicardes, brocardés sous prétexte d'embrigadement, accusés de refuser pêle-mêle le progrès, la liberté, d'être jaloux du succès des grands hommes qui ont fait leur fortune grâce aux fonds publics... ou de ceux d'autres grands hommes qui pourtant ne font qu'obéir aux lois du Luxembourg...ou encore d'autres qui pourtant ne sont que les rois du chic et sobre (si, si, vous avez bien lu :-)

On oublie aussi que les "idéologues interventionnistes" dédaignent aussi honorer les grands aventuriers qui sont arrivés au sommet à partir de rien (ou si peu...) Bernardo Trujillo et ses disciples de la grande distribution, Antoine Seillière le champion de la "refondation sociale", et encore Bernard Arnault par exemple...

Là encore, on constate que l'économie n'a absolument rien de politique (je le jure ;-) ). Et que l'exacerbation de la Liberté seule, sans garde fou, permet l'appropriation des commandes de l'industrie et de la finance par un petit nombre de personnes qui confondent jouer un rôle et posséder, et qui jouent les apprentis sorciers avec le reste de la société sans aucun contrôle. Lorsque l'on utilise ses moyens - considérables - pour faire et défaire le tissu industriel d'une ville ou d'une région, lorsque l'on impose une façon rudimentaire de traiter des déchets, lorsque l'on construit des villes privées pour avoir des ouvriers à disposition, lorsque des pétroliers utilisent de vieux bateaux sous des pavillons de complaisance, et lorsque des syndicats patronaux financent des campagnes électorales, par exemple, ils ne font pas de politique? Il n'y a que des naïfs pour affirmer le contraire, ou pour protester uniquement contre ceux qui s'organisent pour ne pas être écrasés.

Mais peut-être ne sont-ils pas si naïfs et savent-ils très bien ce qu'ils font.

vendredi 29 février 2008

L'escrocquerie libérale

Depuis quelques jours, je lis les billets du blog d'Emmanuel Prost (ainsi que ceux de mes amis politiques de Torcy), pendant la campagne des municipales, eux continuent de publier, il faut dire qu'ils sont plus anciens que moi dans la pratique, et qu'ils ne s'exposent pas à l'accusation d'avoir monté le leur juste pour les élections, même si ils les commentent...

Ledit blog est celui d'un membre d'Alternative Libérale. J'ai souvent écrit que je me situais à l'exact opposé politique de ce mouvement. A une époque, je disais même qu'il me suffisait d'écouter des délires d'Alain Madelin pour savoir exactement ce que je pensais... Il me suffisait souvent d'inverser le sens de ses phrases ! Naturellement, cette boutade me met encore de bonne humeur à l'heure tardive où j'écris ces lignes... Je la trouve d'un niveau bien meilleur que celle de notre auteur libéral qui explique que toute personne opposée au libre échange est un partisan de Staline ou de Kim jong Il...

Comme le disait un ami, vous savez comment on tue un libéral ? On le met en haut d'une falaise et on lui dit que la Gauche interdit de sauter... Moi, j'aurais plutôt décliné : On le met en haut d'une falaise et on lui montre la publicité d'une entreprise dont l'objet est de rattraper au vol les clients qui aiment prendre des risques...et on lui dit qu’elle est cotée en bourse !

J'ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi les grands défenseurs sans nuance de l'Initiative individuelle critiquaient celle des hommes et des femmes de gauche de s’organiser pour résister au capitalisme. Si la liberté d’initiative est si bonne, alors toutes les initiatives devraient l’être, d’après moi, non ?

Pour les libéraux, malheureusement, seule l’initiative dite « économique » a du mérite. Pour eux, elle n’a rien de politique, elle n’a pas pour objectif de réguler quoi que ce soit, elle a seulement pour but la « création de richesses ».

Dans les prochains billets, il faudra donc tenter de réfuter cet argument qui consiste à dire que l’initiative économique n’a rien de politique. Car elle est là la première escroquerie libérale.

Dans un second temps, on pourra reprendre cet argument de la valeur de l’initiative… Si l’initiative avait une valeur en soi, une valeur intrinsèque, je serais d’accord de donner à la Liberté un premier rôle absolu, une priorité… Mais voilà, si toutes les initiatives se valent parce qu’elles sont des initiatives, alors le commerce de la cocaïne ou du tabac a la même portée que celui du blé ou du maïs bio… Il en résulte que si il est possible de donner une valeur aux actions des humains, alors il est peut-être possible d’être de gauche et de ne pas agir comme un dictateur…

Par la suite, on pourra revoir, parce que ça fait du bien, l’interventionnisme forcené du premier état qui défend la Liberté, les États Unis d’Amérique… ce qui montre bien que l’hypocrisie existe… on pourrait aussi chercher à comprendre pourquoi les principales multinationales font de la publicité si il fallait compter uniquement sur la liberté individuelle pour avoir des clients…

En bref, avant d’écrire sur tous ces points, il me semble que les discours et les actes politiques libéraux consistent à refuser aux humains de prendre des initiatives pour s’opposer à certains actes des dirigeants économiques. Et ce, même si ces actes conduisent à la misère, la guerre, la destruction, la confiscation de la souveraineté par un petit nombre, la confiscation par ce même petit nombre des ressources indispensables à la survie de tous.

Car pour les libéraux, les dirigeants économiques sont parés de toutes les vertus par nature. Et ainsi, la boucle est bouclée. Les dirigeants économiques sont ceux qui sont le symbole, pour les libéraux, de cette initiative, et tant pis si on oublie que la moitié de ces fortunes s’est construite sur des fonds publics, et l’autre sur l’héritage de leur famille... finalement, eux seuls ont droit à cette initiative, et pas moi, qui choisis de d’utiliser la mienne à résister à la leur, enfin la partie de la leur qui fait la misère du monde…

mercredi 6 juin 2007

Avoir raison

Une petite réflexion brève ce soir, sur des mots que l'on entend souvent dans des discussions politiques. Je ne parle pas des grands discours du bonapartiste en chef qui nous assure "dire la Vérité aux français" (quand j'entends ça je coupe la radio), mais de vraies discussions politiques pendant lesquelles chacun cherche à se faire son chemin et comprendre ce que pense l'autre, dans lesquelles chacun essaie d'affirmer sa position, sa conviction.

Souvent on entend dire que quelqu'un a tort ou a raison. Dans beaucoup de contextes, ces mots passent souvent inaperçu. Lorsque l'on parle d'un fait, d'un chiffre, ou d'une méthode de calcul, encore, cela ne me dérange pas. Mais lorsque l'on parle d'idées politiques, je suis plus gêné. Je fais partie des personnes à qui on a appris à décoder ce que voulait dire la phrase : "Il n'y a pas de politique de droite ou de gauche, il y a une bonne ou une mauvaise politique." Cette phrase signifie que la politique est une science, que la société est une équation qu'il suffit de résoudre sans faire d'erreur de calcul, une équation qui n'a qu'une seule solution (même les mathématiciens savent qu'une telle équation est rare) ! Et naturellement, celui ou celle qui affirme cela pense aussi avoir la solution ou fait "modestement" semblant de dire que c'est son dévouement et son travail qui va conduire à la solution. Et toujours, d'ailleurs, vous le constaterez, cette solution conduit à une politique...de droite ! Étonnant, non ?

Dire que quelqu'un a tort ou raison à propos d'une idée politique, c'est faire indirectement la promotion de cette idée qu' "il n'y a pas d'alternative", comme le disait Margareth Thatcher, la grande amie d'Augusto Pinochet.

Je préfère les personnes qui font des choix et qui les assument à d'autres qui expliquent qu'ils ont raison.

jeudi 31 mai 2007

Les problématiques de l'unité de la gauche.

La gauche a deux écueils que chacun apprend à détecter en formation dans son courant : le gauchisme et le révisionnisme (attention, ne pas confondre ce terme avec la négation des crimes contre l'Humanité qui se sont déroulés sous le régime nazi en Allemagne et ailleurs ! )

Pour moi, un-e gauchiste, c'est une personne tellement focalisée sur le moment où le capitalisme sera définitivement abandonné, qu'il ou elle en oublie de vouloir agir maintenant. Et un-e révisionniste, c'est quelqu'un de gauche qui est tellement préoccupé par la gestion sur le moment qu'il ou elle en vient à renier son idéal et ne plus rien faire progresser.

Dans la gauche, chacun accuse facilement ses camarades d'être l'un ou l'autre. Et même si j'ai une vision claire et personnelle des discours et des actes que je considère comme gauchistes ou révisionnistes (il faut éviter de désigner des personnes, continuer à ne discuter que des idées et des faits), personne n'est à l'abri de tomber dans l'un ou l'autre de ces pièges à un moment de sa vie.

Il y a un troisième écueil que toute personne de gauche doit éviter, c'est de penser qu'il ou elle a raison contre tout le monde. Au départ, je pensais qu'il s'agissait principalement d'un travers gauchiste que de penser cela, mais malheureusement, je constate que de nombreux camarades qui tiennent des discours révisionnistes, actuellement, se comportent exactement ainsi. Si tout le monde pense de cette façon, c'est ainsi que nous pourrions aller vers une séparation des différentes composantes de la gauche, et donc vers une division des énergies, des forces et des moyens d'action.

Cette division nous plongerait-elle tous dans l'incapacité de réagir à court, moyen et long terme à toutes les mises à sac, appelées réformes, que nous prépare le président élu et les personnes qu'il aura désigné pour "agir" ? L'unité de la gauche devrait être fondée sur un compromis clair et honnête entre toutes ses composantes, sans exclusive possible. Qui est prêt à cet effort, maintenant ? Et qui prendra la responsabilité de ne pas y participer et de courir l'aventure tout-e seul-e ? Et dans le cas où tout le monde serait convaincu de la nécessité de cette unité, comment réussir le tour de force qu'aucun courant ne se sente lésé, trahi, ou méprisé ?

Peut-être alors qu'il faudra se séparer ? Je ne peux m'y résoudre complètement, même si il est plus confortable pour moi de séparer la gauche entre les traitres, les fous et les purs. Peut-être aussi parce que nous avons déjà vu, sous le gouvernement de la droite, pendant que le chômage baissait dans les statistiques, que la pauvreté, elle, augmentait sans cesse, et que les distributions de repas se multipliaient jour après jour.

Prenons un sujet brûlant comme exemple : celui des retraites. Entre les camarades qui pensent qu'il vaut mieux accepter une augmentation de la durée de cotisation progressive afin de sauvegarder (d'après eux) le système par répartition, et ceux (dont je suis) qui pensent qu'il est possible d'augmenter les cotisations sociales pour rééquilibrer les comptes de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse et/ou de revenir sur certaines exonérations de cotisations, comment bâtira-t-on un compromis de position afin, dans les dix ans à venir, de savoir quelle position commune on pourrait avoir, qui ne méprise personne et nous permette d'empêcher la droite, en nous faisant élire, de procéder à la liquidation, sous prétexte de faillite organisée, de ladite retraite par répartition ?

A moins que nous ne considérions finalement que les camarades qui veulent une gauche "moderne" qui soit "réaliste", et donc qui accepte de composer avec la faiblesse du rapport de force qui nous permettrait de reprendre des recettes pour la Sécurité Sociale, ne soit plus une gauche qui nous convienne, et qu'il faut s'en séparer, puisqu'elle ne veut même plus chercher à créer du rapport de force, ni négocier avec nous le compromis que nous pourrions souhaiter ensemble. Dans ce cas, serons nous capables d'être assez nombreux pour empêcher la droite de tout détruire dans les années à venir ?

A moins qu'un scénario intermédiaire se mette en place, que certains camarades se déclarent pour l'unité sans la vouloir vraiment, afin de gagner du temps et de prendre la direction de la gauche et de son unité, puis de l'emmener sur un chemin idéologique qui soit celui d'une seule de ses composantes et qui oblige l'autre à partir et à devenir de fait la responsable de la division ?

La méfiance conduit aussi à la division. Mais comment se sortir par le haut de tout cela ? Car il va falloir choisir assez rapidement.

samedi 12 mai 2007

Equipe ou leadership?

Ce qui est étonnant, c'est de voir comment la cinquième république a contaminé tous ceux qui ont été contre les institutions bonapartistes. Depuis qu' "il ne doit en rester qu'un" pour qu'il ou elle devienne président-e de la République, plus personne ne se pose la question du pouvoir en terme d'équipe. Et du coup, plus aucun compromis dans la gauche n'est possible sur le fond entre ses différentes composantes, car ce n'est plus la question du fond qui est vraiment posée, mais celle de qui va être le ou la chef-e.

Une véritable équipe soudée sur le fond, avec un animateur ou une animatrice qui remplisse le vrai rôle d'animateur et pas celui de chef, qui mette en valeur les capacités de chacun et rappelle juste le cadre fixé à l'origine, c'est ce qui manque à la gauche. Personne, que ce soit dans les partis qui ne sont jamais allés au gouvernement, mais aussi dans ceux qui ont pratiqué plusieurs années, n'a finalement entamé de réflexion sérieuse à ce sujet. La prise de pouvoir devient parfois un objectif en soi. Comment empêcher cela ? C'est là que les problèmes de la gauche commencent.

En 1997, le gouvernement Jospin, dans un registre de la gauche que je ne soutenais pas assez pour certains, avait cette équipe en place. Je n'ai pas été d'accord avec tout ce qui a été fait, notamment les privatisations, mais puisque le sujet de ce billet est la forme et non le fond, je vais y rester. A partir du moment où la présidentielle de 2002 s'est profilée, les choses se sont gâtées. Il s'agissait de porter un homme. C'est beaucoup plus difficile pour la gauche. Pour moi, les raisons sont aussi sur le fond, mais l'élection d'une personne au suffrage universel à deux tours, surtout si on y subordonne les législatives, comme cela a été fait en 2002, est en soi dangereux pour la gauche.

L'élection présidentielle est culturellement aussi admise par le peuple français que certaines émissions télévisées où seul-e un-e gagnant doit l'emporter. C'est dire que sur ce point, il y a encore du travail pour que la gauche, qui devrait supprimer cette élection, s'imagine capable d'avancer dans cette direction. Le Parti Socialiste, lui même, élit son premier secrétaire sous la même forme, indépendamment de la règle de la proportionnelle qui régit la mise en place de ses instances. peut-être faudrait-il déjà revenir là-dessus?