Questions de Gauche

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vendredi 25 mai 2012

Une analyse

Certaines personnes m'ont contacté au sujet de mon dernier billet d'humeur suite au discours du président sorti, trouvant que j'exagérais un peu. Personnellement, je ne le trouve pas, d'autant plus qu'il s'agissait bien d'une humeur, et non d'une analyse.

Justement, une amie torcéenne, Maryse Moll, a réalisé une analyse du discours de Nicolas Sarkozy que je trouve très bien. Je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager...

J’ai relu plusieurs fois le discours de Nicolas Sarkozy après la défaite de l’UMP à l'élection présidentielle et je m’étonne vraiment de ne pas voir dans la presse d’analyse de ce texte.

Voilà un discours entièrement centré sur sa personne, un discours d’un égocentrisme frappant, - on y chercherait en vain un rappel des idées qu’il dit avoir tant défendues- non, au moment de quitter ses fonctions, il lui semble plus important de dire que lui, Nicolas Sarkozy, a souffert (« j’ai beaucoup souffert …»), de souligner avec insistance l’honneur qui lui a été fait (« je veux remercier tous les français pour l’honneur qu’ils m’ont fait », « jamais je n’oublierai cet honneur », « c’est un honneur immense », de rappeler le lien personnel entre lui et ses électeurs (« les épreuves, les joies, les peines ont tissé entre nous des liens que le temps ne distendra jamais », « jamais je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m’avez donné, vous m’avez tellement donné », « vous m’avez aidé de manière extraordinaire, vous m’avez soutenu », « je vous aime, merci, merci à vous »). Il fait corps avec sa fonction de président, et assimile explicitement les critiques qui lui ont été faites à lui, Nicolas Sarkozy, à un irrespect envers la fonction de président : « j’ai beaucoup souffert que l’institution que je représentais n’ait pas été respectée ». Quand on critique la façon dont il a exercé ses fonctions, il considère que c’est à l’institution qu’on s’en prend : Nicolas Sarkozy ramène encore une fois tout à sa propre personne. Le soutenir, venir assister à ses meetings est pour lui un « cadeau » qu’on lui faisait (« vous ne pouviez pas me faire un plus beau cadeau » (à lui personnellement), mais ce n’est pas tout : ce faisant, à travers lui, on valorisait l’image de la France puisqu’il ajoute « vous ne pouviez pas donner une plus belle image de la France ». Sarkozy fait donc aussi corps avec la France !

S’il déclare plusieurs fois son attachement pour la France et les français (nous devons ce soir penser exclusivement à la grandeur de la France et au bonheur des français », ou « j’en ressors, mes chers compatriotes, avec un amour de la France plus fort encore, avec un attachement pour le peuple français plus fort encore », mais quand il s’adresse à un public, c’est bien à ses seuls électeurs qu’il parle, et pas à l’ensemble des français, dans la plus grande partie de son discours ( « je resterai l’un des vôtres, je partage vos idées » . Et même quand il dit s’adresser à tous les français, c’est encore à ses électeurs qu’il parle (« je veux remercier tous les français (…) de m’avoir choisi pour président ».

Et puisqu’il s’adresse à ses électeurs, il juge bon, dans les premières phrases de son discours, de leur recommander ( !) de respecter ( !) le nouveau président : « François Hollande est le président de la France et doit être respecté ». Sans doute cette recommandation est-elle nécessaire : on a encore à l’esprit la déclaration de ces derniers jours de Nadine Morano, qui comparait les propos de François Hollande lors du débat à du « pus qu’il fallait extraire d’une plaie », propos qui peut difficilement passer pour une marque de respect. Quand au souhait exprimé dans son discours d’une « France qui n’a pas de haine au cœur », l’UMP, dirigée par lui, n’en a guère donné l’exemple dans sa propre campagne.

Donc, Nicolas Sarkozy, de toute évidence plus chef de parti que président des français, s’adresse à ses électeurs, et pas aux français. Cela devient même particulièrement choquant quand, dès le troisième alinéa, il dit « je ne serai jamais comme ceux qui nous ont combattus ; nous aimons notre pays » ! Pour lui, ses opposants politiques n’aiment donc pas la France ! Sont-ils même français ? On pourrait en douter, à lire la phrase suivante : « soyons dignes, soyons patriotes, soyons français, soyons exactement le contraire de l’image que certains auraient voulu donner dans un cas inverse ». Et en fait, c’est bien ce qu’il veut dire, que seuls ses électeurs sont la France : puisque la suite immédiate de cette phrase est (on ne rêve pas, on lit bien) : « Vous êtes la France éternelle » !

Bien sûr, en disant cela, il nie la légitimité du vote, faisant apparaître implicitement la victoire du parti socialiste comme un épiphénomène qui ne reflète pas la volonté du pays. Bel exemple d’esprit démocratique !

Mais comme il n’en est pas à une contradiction près, lui dont le discours est essentiellement un discours de chef de parti, chargé d’insinuations, il va se poser en modèle républicain : « c’est un choix démocratique républicain », « je veux lui souhaiter bonne chance au milieu des épreuves ». Cette dernière remarque prend son sel quand on se rappelle les discours et les remarques de ces derniers mois, et l’acharnement avec lequel l’UMP et Nicolas Sarkozy ont agité la menace des marchés, de la crise, des déficits, des exemples espagnol et grec, pour dissuader du vote Hollande, au risque d’inquiéter justement ces fameux marchés et de contribuer à aggraver la situation !

On nous dit : oui, mais il a assumé avec dignité la responsabilité de la défaite : « je porte toute la responsabilité de la défaite ». C’est vrai, il l’assume ostensiblement : « je ne suis pas un homme qui n’assume pas ses responsabilités » et, ainsi qu’il le dit, « je suis le président, j’étais le chef » ; mais pourquoi ajoute-t-il tout de suite après : « et, quand il y a une défaite, c’est le numéro un qui en porte la première responsabilité » ? Voilà qui atténue plutôt sa déclaration ! S’il dit en fait qu’il endosse la première responsabilité, c’est aussi pour bien signifier qu’il endosse également la responsabilité des autres, ceux qui étaient sous ses ordres. « C’est le numéro un qui en porte la première responsabilité » est une déclaration de grandeur d’âme, le responsable acceptant aussi de prendre sur lui les « péchés » des autres, mais ce faisant, il dilue en même temps sa propre responsabilité : quelle était-elle ? Partielle, totale ? Nulle ? Assume-t-il, par grandeur d’âme la responsabilité des autres, ou tente-t-il de minimiser la sienne ? Cela reste indéterminé. L’énoncé des points sur lesquels il pensait avoir une responsabilité personnelle aurait été plus convaincant.

Non ce discours plein d’attendrissement sur soi, d’insinuations sur ceux qui n’ont pas voté pour lui, ce discours de chef de parti qui semble se rappeler au détour de certaines phrases, qu’il devrait s’agir d’un discours de président, ne me paraît ni digne, ni beau. Et dans ce discours, en particulier, l’idée d’un chef (titre qu’il revendique explicitement) doté d’un lien direct et affectif avec ses seuls électeurs censés être la France éternelle, ne me semble pas très en accord avec l’idéal républicain d’une bataille pour des idées, et évoque de mauvais souvenirs.

vendredi 7 octobre 2011

De retour...

En ce début d'octobre, je me rends compte que j'ai été particulièrement absent pendant une année entière, pour des raisons personnelles, notamment l'incendie de ma maison le 25 août 2010... Mais ce n'était pas la seule raison, j'ai aussi eu une réorientation professionnelle qui m'a pris beaucoup de temps.

Pendant la dernière campagne des cantonales, je n'ai pas repris ce blog, et pourtant j'étais candidat. Cela ne m'a pas empêché de faire campagne, bien sûr. Une campagne très collective, qui m'a demandé d'être particulièrement concentré sur ce que nous faisions ensemble, Parti de Gauche et Parti Communiste, ainsi que de nombreuses personnes non "encartées" sur le canton de Torcy. J'ai un très bon souvenir de ces moments, et de ce que nous avons accompli avec Marie-Luce Nemo. Nous avons réussi à constituer un vrai binôme à égalité. Nous avons ensemble rétabli la tradition du débat républicain avec nos adversaires politiques, les candidats de l'UMP, qui ont été assez gonflés pour relever le défi qui nous leur avions lancé.

Nous avions fait une première conférence de presse annonçant le débat. Cette conférence de presse a aussi inspiré cet article. Puis une deuxième à Bussy Saint Georges, rendue nécessaire par la publication de nos préconisations pour Bussy dont la situation financière est toujours catastrophique. Le débat adonné lieu à un certain nombre d'articles dont celui-ci.

Voici les différents tracts que nous avons édité à l'occasion. Bref, énormément de travail, un travail d'équipe qui a été remarqué par tous.

Le travail paye, nous allons continuer, car l'enjeu est extrêmement important pour tous les précaires de France, et pour chacun d'entre nous. Nous devons convaincre que battre la droite à la prochaine présidentielle ne suffira pas pour que la pression sur les salariés et les précaires s'arrête. Il faut s'assurer qu'une autre politique soit vraiment mise en place, une politique d'affrontement avec les logiques financières et marchandes. Pour nombre d'entre les français, c'est un saut dans l'inconnu que de se dire que l'on veut changer de système économique. Rappelons tout simplement que pour chacun, ce sont les aspects concrets de la vie qui vont nous montrer le chemin. Je développerai cela dans un prochain billet.

samedi 27 octobre 2007

Sur quel terrain se battre ?

L'image d'Hercule combattant Antée est bien pratique pour évoquer ce qui arrive lorsque l'on combat politiquement quelqu'un sur son terrain.

La Nouvelle Droite ne théorisait-elle pas, au lendemain de mai 1981, que V.G.E. avait perdu parce qu'il s'était aventuré sur le terrain de la Gauche, la redistribution des richesses et la question sociale ? Et que la droite gagnerait lorsqu'elle aura obligé la gauche à aller sur son propre terrain, celle des trois "I" : Immigration, Identité, et Insécurité ?

C'est ce que la gauche fait depuis maintenant deux élections présidentielles...

En ce qui me concerne, je préfère parler du "vivre ensemble", de l'universalité de l'humain, et de l'ordre émancipateur qui sont des piliers de la République Sociale. Et c'est parce que nous nous reconnaissons comme vivant ensemble, et parce que le principe humain est universel, que nous pouvons délibérer ensemble, tous les citoyens de ce que sera l'ordre émancipateur auquel nous aspirons et des moyens que nous allons mettre en commun pour y parvenir. Ça a une autre allure, non ?