Lors de la manifestation du 22 mai dernier, pendant laquelle, avec des camarades de PRS, je distribuais la campagne de notre association pour défendre la Laïcité (voir billet précédent), je me suis fait apostropher par plusieurs camarades de la CGT, en général ceux qui étaient en tête des cortèges départementaux, parce que la Laïcité n'était pas l'objet de la manifestation.

Nous avions organisé deux points fixes dans la manifestation, et avions décidé, ce jour, d'y distribuer les 4 pages que vous avez pu lire en lien dans mon dernier billet. C'est un bon exercice militant, en plus que de venir défiler. Et puis, on apprend à travailler collectivement dans la bonne humeur.

La manifestation était très réussie, et ce la nous faisait beaucoup de bien de voir autant de monde. Naturellement le mot d'ordre était la défense des retraites, contre les 41 années de cotisation. Inutile de rappeler combien moi-même je suis attaché à la retraite par répartition, aux 37,5 annuités, à la retraite à taux plein à 60 ans... J'ai déjà écrit ici qu'il y avait d'autre façons de combler un déficit des caisses en supprimant les dernières années de la vie, et c'est la première fois qu'on m'en demandait des preuves tous les cent mètres.

Car nous voici coupables, en distribuant nos tracts, de "détourner les travailleurs" de l'objet de la manifestation, et donc, de fait, complices de Bling Bling Bonap IV. Je dois dire que, presque un mois plus tard, cela me perturbe encore. Non pas que je me sente coupable. Mais que des camarades soient à la fois aussi obtus (ils avaient certainement reçu des instructions, parce que les mots et les signes de mépris étaient les mêmes pour chaque responsable de cortège) ça me dérange. Heureusement ils étaient très minoritaires dans le défilé, mais la répétition marque, et en général, c'est fait pour cela...

Outre donc que l'accusation est grotesque, le ton utilisé pour nous faire la leçon l'est bien plus. Nous faire la remarque gentiment aurait certainement eu plus de succès, d'autant plus que nous reprenions, nous, les slogans de la manifestation, parce qu'ils étaient aussi les nôtres. Nous en avions été d'autant surpris que plein d'orgas, dont les alternatifs rouges et verts nous avaient envoyés des signes de sympathie pendant l'installation de nos points fixes respectifs. Alors pourquoi ce ton de certains de la CGT ?

Deux réflexions me viennent.

Tout d'abord, de nombreux militants sont à cran. Et en soi, je veux bien le comprendre, tellement le contexte est difficile. Pauvreté, précarité, destruction de la puissance publique et de son intervention, flicage des sans moyens et des sans papiers, cela nous concerne tous, et nous pouvons tous être enclins, de rage et d'impuissance, à nous battre entre nous, à rechercher autour de soi qui est la cause du désastre, qui est le traître. Jusqu'à voir des traîtres parmi ceux qui étaient présents à cette manifestation, c'est toutefois excessif, il me semble. Mais c'est possible. Car c'est toujours plus facile de frapper sur l'accessible que de chercher à entrer ensemble dans le donjon. Et je ne m'exclus pas du raisonnement.

Ensuite, nous sommes dans un contexte qui nécessite de se battre sur tous les fronts à la fois, car c'est sur tous les fronts à la fois que la droite, le conservatisme, le capitalisme, et Napoléon ont des victoires communes depuis un an, préparées par cinq ans de Raffarin etc... Se battre pour la Laïcité n'est pas incompatible avec la lutte pour une retraite décente pour tous à un âge où on peut en profiter. Et si cet exercice est impossible aux leaders syndicaux, alors à qui le sera-t-il ?

Je concluerai en indiquant que je ne vais pas à mon tour me réfugier dans une posture d'offensé qui me donnerait raison et me permettrait de ne pas réfléchir et écouter les arguments de ceux qui souhaitaient qu'une priorité se dégage ce jour-là. Je veux bien en discuter et lire vos commentaires, mais pas sur le même ton. Pas entre camarades.