J'ai un fondamental qui va chagriner des amis et qui est le suivant :
quand on est de gauche, on ne vote pas à droite. Ca va vous paraître évident,
mais pourtant...
Ce qui est très difficile, dans la lutte politique, c'est de tenir. Tout le
monde a envie d'un monde apaisé, d'un monde où tout le monde est heureux et
trouve sa place, se réalise et permet aux autres, si ce n'est pas le cas, de se
réaliser à son tour. Lorsque l'état du monde convient personnellement à un
nombre suffisant de personnes, ceux qui ne s'en contentent pas sont des
perturbateurs, même s'ils le font parce qu'ils crèvent de faim ou pensent que
cela ne va pas tarder.
Prenons un exemple : on entend de nombreux patrons d'entreprise dire
que le travail coûte cher (en général, ils disent plutôt qu'ils payent trop de
"charges sociales"). Qu'est-ce qu'ils disent ? Dans mon budget, la part
des salaires, que je répercute sur les prix, me met en difficulté face aux
entreprises qui elles, payent moins leurs salariés.
Ils oublient trois choses.
La première, c'est que le revenu des actionnaires, lui aussi, est
directement concurrent de la rémunération des salariés, et, aussi, un élément
de budget et de calcul des prix. Or, cette rémunération, ils ne s'en plaignent
jamais, et elle augmente sans arrêt. Pour les quelques plus naïfs d'entre eux,
ils ont été conditionnés à l'intégrer comme une contrainte à laquelle il est
interdit de toucher. Pour tous les autres, ils en touchent une part...
La deuxième, c'est que que les partis qu'ils soutiennent, la droite en
général, et parfois des personnes qui se disent de gauche (j'ai une pensée émue
pour Pascal
Lamy à l'instant), font, en tant que représentant de leur pays ou de l'UE à
l'OMC, ou comme commissaire européen, ou comme membre de gouvernement, tout
pour déréguler le commerce international, les monnaies et les échanges
financiers, ou pour permettre l'opacité des transactions ou la protection des
intérêts des marchants d'armes et d'opium qui financent certains services
secrets au passage (Est-ce que le nom de Noriega vous dit quelque chose?).
La troisième, et non la moindre, c'est que ces cotisations sociales, que je
me refuse à appeler charges, sont du salaire différé, et que les organismes de
Sécurité Sociale comme la CNAM, l'UNEDIC, et la CNAV sont financées grâce à ces
cotisations. C'est à dire qu'une entreprise qui emploie des salariés a pour
devoir de verser de quoi payer, à proportion des salaires versés, les éléments
qui permettent à ces salariés de toucher une allocation chômage s'ils perdent
leur emploi, de pouvoir partir à la retraite après avoir donné plusieurs
dizaines d'années à une entreprise, et d'être soignés s'ils tombent malades.
Ces garanties permettent aux salariés de mieux résister aux sollicitations
aberrantes et aux appels à travailler plus, plus longtemps pour moins cher. En
effet, pour attirer un salarié vers l'emploi, il faut en payer un prix
supérieur à ces allocations. Les entreprises, soucieuses de leur budget, de
leurs prix, et surtout de la rémunération de leurs actionnaires, ont fondé un
syndicat d'employeurs appelé le MEDEF pour mettre à bas cette injustice
flagrante (humour) et cette atteinte à la liberté d'entreprendre que sont les
cotisations sociales, et non contentes d'avoir d'office 50% des sièges aux
conseils d'administration des organismes qui les gèrent (certains appellent ça
le paritarisme) alors qu'il y a 3 millions d'employeurs en France contre 21
millions de salariés, demandent à cor et à cri la réductions des cotisations,
et donc la réductions des allocations.
En ce qui concerne les retraites, ils ne demandent pas directement la baisse
des pensions. Ils disent juste qu'il faut augmenter l'age de départ à la
retraite, parce que l'espérance de vie a augmenté. Bien sur, reculer l'age de
départ à la retraite pourrait avoir pour effet de diminuer l'espérance de vie,
mais ça n'est pas très important pour eux. Comme on le dit un peu
partout : si ce sont les dernières années de la vie les plus chères, il
suffit de supprimer les dernières années de la vie... C'est intelligent, parce
que personne ne va calculer ce qu'il perdra en année de vie parce qu'il
travaillera plus longtemps. Tout le monde trouve ça plus logique de se
sacrifier parce que le budget des retraites est en déficit ou risque de l'être.
Mais pourquoi est-il en déséquilibre si ce n'est à cause des 65 milliards
d'euros d'exonérations de cotisations aux entreprises françaises ? Et si
l'on connaît le chiffre de la rémunération des actionnaires des seules
entreprises du CAC 40, qui lui est supérieur, alors ne sait-on pas où est passé
ledit déficit ?
Enfin bref, pour expliquer un peu d'économie, voici un lien qui ne me semble
pas partisan : valeur ajoutée qui me parait sérieux sauf pour les chiffres (vous
notez qu'ils n'ont pas de sources, ce qui est dommage...)
Je rechercherai un peu plus de données pour un autre billet.
Pour conclure, en tachant de ne pas être manichéen, voter à droite ne fait
que renforcer la position des actionnaires qui abusent de leur position
dominante dans le cadre d'une dérégulation globale et d'une mise en concurrence
mondiale des salariés. Et même lorsque la gauche a des défauts, et n'est que
modérée dans sa volonté de prendre parti dans cette lutte politique, il vaut
mieux limiter les dégâts et la choisir.