Ce qui est étonnant, c'est de voir comment la cinquième république a contaminé tous ceux qui ont été contre les institutions bonapartistes. Depuis qu' "il ne doit en rester qu'un" pour qu'il ou elle devienne président-e de la République, plus personne ne se pose la question du pouvoir en terme d'équipe. Et du coup, plus aucun compromis dans la gauche n'est possible sur le fond entre ses différentes composantes, car ce n'est plus la question du fond qui est vraiment posée, mais celle de qui va être le ou la chef-e.

Une véritable équipe soudée sur le fond, avec un animateur ou une animatrice qui remplisse le vrai rôle d'animateur et pas celui de chef, qui mette en valeur les capacités de chacun et rappelle juste le cadre fixé à l'origine, c'est ce qui manque à la gauche. Personne, que ce soit dans les partis qui ne sont jamais allés au gouvernement, mais aussi dans ceux qui ont pratiqué plusieurs années, n'a finalement entamé de réflexion sérieuse à ce sujet. La prise de pouvoir devient parfois un objectif en soi. Comment empêcher cela ? C'est là que les problèmes de la gauche commencent.

En 1997, le gouvernement Jospin, dans un registre de la gauche que je ne soutenais pas assez pour certains, avait cette équipe en place. Je n'ai pas été d'accord avec tout ce qui a été fait, notamment les privatisations, mais puisque le sujet de ce billet est la forme et non le fond, je vais y rester. A partir du moment où la présidentielle de 2002 s'est profilée, les choses se sont gâtées. Il s'agissait de porter un homme. C'est beaucoup plus difficile pour la gauche. Pour moi, les raisons sont aussi sur le fond, mais l'élection d'une personne au suffrage universel à deux tours, surtout si on y subordonne les législatives, comme cela a été fait en 2002, est en soi dangereux pour la gauche.

L'élection présidentielle est culturellement aussi admise par le peuple français que certaines émissions télévisées où seul-e un-e gagnant doit l'emporter. C'est dire que sur ce point, il y a encore du travail pour que la gauche, qui devrait supprimer cette élection, s'imagine capable d'avancer dans cette direction. Le Parti Socialiste, lui même, élit son premier secrétaire sous la même forme, indépendamment de la règle de la proportionnelle qui régit la mise en place de ses instances. peut-être faudrait-il déjà revenir là-dessus?