La gauche a deux écueils que chacun apprend à détecter en formation dans son courant : le gauchisme et le révisionnisme (attention, ne pas confondre ce terme avec la négation des crimes contre l'Humanité qui se sont déroulés sous le régime nazi en Allemagne et ailleurs ! )

Pour moi, un-e gauchiste, c'est une personne tellement focalisée sur le moment où le capitalisme sera définitivement abandonné, qu'il ou elle en oublie de vouloir agir maintenant. Et un-e révisionniste, c'est quelqu'un de gauche qui est tellement préoccupé par la gestion sur le moment qu'il ou elle en vient à renier son idéal et ne plus rien faire progresser.

Dans la gauche, chacun accuse facilement ses camarades d'être l'un ou l'autre. Et même si j'ai une vision claire et personnelle des discours et des actes que je considère comme gauchistes ou révisionnistes (il faut éviter de désigner des personnes, continuer à ne discuter que des idées et des faits), personne n'est à l'abri de tomber dans l'un ou l'autre de ces pièges à un moment de sa vie.

Il y a un troisième écueil que toute personne de gauche doit éviter, c'est de penser qu'il ou elle a raison contre tout le monde. Au départ, je pensais qu'il s'agissait principalement d'un travers gauchiste que de penser cela, mais malheureusement, je constate que de nombreux camarades qui tiennent des discours révisionnistes, actuellement, se comportent exactement ainsi. Si tout le monde pense de cette façon, c'est ainsi que nous pourrions aller vers une séparation des différentes composantes de la gauche, et donc vers une division des énergies, des forces et des moyens d'action.

Cette division nous plongerait-elle tous dans l'incapacité de réagir à court, moyen et long terme à toutes les mises à sac, appelées réformes, que nous prépare le président élu et les personnes qu'il aura désigné pour "agir" ? L'unité de la gauche devrait être fondée sur un compromis clair et honnête entre toutes ses composantes, sans exclusive possible. Qui est prêt à cet effort, maintenant ? Et qui prendra la responsabilité de ne pas y participer et de courir l'aventure tout-e seul-e ? Et dans le cas où tout le monde serait convaincu de la nécessité de cette unité, comment réussir le tour de force qu'aucun courant ne se sente lésé, trahi, ou méprisé ?

Peut-être alors qu'il faudra se séparer ? Je ne peux m'y résoudre complètement, même si il est plus confortable pour moi de séparer la gauche entre les traitres, les fous et les purs. Peut-être aussi parce que nous avons déjà vu, sous le gouvernement de la droite, pendant que le chômage baissait dans les statistiques, que la pauvreté, elle, augmentait sans cesse, et que les distributions de repas se multipliaient jour après jour.

Prenons un sujet brûlant comme exemple : celui des retraites. Entre les camarades qui pensent qu'il vaut mieux accepter une augmentation de la durée de cotisation progressive afin de sauvegarder (d'après eux) le système par répartition, et ceux (dont je suis) qui pensent qu'il est possible d'augmenter les cotisations sociales pour rééquilibrer les comptes de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse et/ou de revenir sur certaines exonérations de cotisations, comment bâtira-t-on un compromis de position afin, dans les dix ans à venir, de savoir quelle position commune on pourrait avoir, qui ne méprise personne et nous permette d'empêcher la droite, en nous faisant élire, de procéder à la liquidation, sous prétexte de faillite organisée, de ladite retraite par répartition ?

A moins que nous ne considérions finalement que les camarades qui veulent une gauche "moderne" qui soit "réaliste", et donc qui accepte de composer avec la faiblesse du rapport de force qui nous permettrait de reprendre des recettes pour la Sécurité Sociale, ne soit plus une gauche qui nous convienne, et qu'il faut s'en séparer, puisqu'elle ne veut même plus chercher à créer du rapport de force, ni négocier avec nous le compromis que nous pourrions souhaiter ensemble. Dans ce cas, serons nous capables d'être assez nombreux pour empêcher la droite de tout détruire dans les années à venir ?

A moins qu'un scénario intermédiaire se mette en place, que certains camarades se déclarent pour l'unité sans la vouloir vraiment, afin de gagner du temps et de prendre la direction de la gauche et de son unité, puis de l'emmener sur un chemin idéologique qui soit celui d'une seule de ses composantes et qui oblige l'autre à partir et à devenir de fait la responsable de la division ?

La méfiance conduit aussi à la division. Mais comment se sortir par le haut de tout cela ? Car il va falloir choisir assez rapidement.