Il y a deux semaines, après avoir - enfin - racheté un autoradio parce que j'avais perdu la façade du précédent, je mis en marche l'appareil qui me manquait tellement quand j'étais au volant, et je commence à régler les stations. Parmi les six premières accessibles de la Modulation de Fréquence, je mémorise les stations du Service Public, au demeurant encore de bonnes stations même si la publicité a envahi France Inter, et si une chasse aux sorcières donne aux idées du MEDEF une place croissante dans ses programmes.

En mémorisant la fréquence de France Culture, je tombe sur une émission politique dont l'invité est Vincent Peillon. Sur son blog à lui, la transcription de l'émission est ici

Au cas où, j'ai recopié la transcription, vous pouvez télécharger le document ici. Je suis scandalisé par ce que j'ai entendu (et relu, vous vous imaginez bien), et je me suis longuement frotté les oreilles au risque d'avoir un accident de voiture (parce que j'avais repris le volant après avoir réglé la station). Il y explique que ce qui est le gros problème du Parti Socialiste date, non pas de 2007, ni même de 2002 (là c'est moi qui parle), mais du fait qu'en 1905 Jaurès avait dû se compromettre avec Guesde et les marxistes et que cela avait corrompu sa pensée. Et un des journalistes présents expliquant qu'il était heureux d'entendre cela et que ce dont le la SFIO de l'époque avait besoin, c'était d'un Kautski ou d'un Bernstein (les partisans d'entrer dans les gouvernements de droite de l'époque).

La date de 1905 est très importante dans cette expression, car c'est la date du congrès de l'unité des socialistes et l'acte fondateur auquel se réfèrent tous les socialistes. Cet acte est fondateur pour au moins deux raisons : d'abord parce qu'il donne au mouvement français son identité dans sa méthode, celle de la synthèse, des courants, et de leur Représentation Proportionnelle dans les instances dirigeantes. Par la suite, cette méthode sera défendue par Léon Blum au congrès de Tours comme étant justement celle qui, opposée par essence au "centralisme démocratique" des 21 conditions de Lénine, est la garantie du respect de chacun et la formalisation de l'effort démocratique que chacun doit fournir pour arriver à une position commune qui favorise le rapport de force contre les tenants du capitalisme. La deuxième raison est qu'il permet de rassembler tous ceux qui, à court moyen ou long terme veulent changer de régime économique (dixit Léon Blum toujours, lorsque j'aurai du temps je publierai une transcription de son discours au Congrès de Tours).

Il serait drôle, si ce n'était à pleurer, de voir tous ces admirateurs de Léon Blum, qu'ils considèrent - à tort - comme un "réformiste" en 1920, s'opposant soi-disant aux révolutionnaires, le citer sans jamais l'avoir lu pour justifier leurs thèses qui ressemblent trait pour trait, pourtant, à celles que Léon Blum condamnait. Mais il est vrai qu'ils n'ont pas non plus la même honnêteté intellectuelle que Vincent Peillon qui lui, s'attaque à la hache aux véritables problèmes : les fondamentaux du socialisme français, parce qu'il vaut mieux être moins nombreux mais avoir raison.

Serait-ce donc à dire que la date de 1905, le congrès d'unité des socialistes est à revoir, d'après Vincent Peillon, parce que la méthode choisie ou acceptée par l'ensemble des courants socialistes n'est pas la bonne ? J'ai entendu les déclarations d'autres socialistes demandant le passage à une démocratie interne fondée uniquement sur le principe de majorité, un principe selon lequel toutes les décisions doivent être prises grâce à un vote simple : êtes vous pour ou contre ce que vous propose votre leader ? On a vu ce à quoi cela a mené lors du référendum interne au Parti Socialiste pour décider de sa position face au Traité Constitutionnel Européen proposé par la Convention Giscard et la Conférence InterGouvernementale. Et déjà, grâce aux votes bloqués et aux autres astuces développées par la fine équipe qui dirige notre Parti depuis 1995, la plupart des militants, oubliant les travaux de tous nos prédecesseurs, piétinant les questions que se posaient les socialistes bien avant qu'ils ne soient nés, ont été abreuvés de ce système. "Camarade, es-tu prêt à briser l'Unité de notre Parti en votant contre ton leader ?" Ce n'est pas cela, l'idée que j'ai du socialisme, ce n'est pas cela, l'idée que j'ai de l'Unité des Socialistes, et ce n'est pas cela qu'a contruit Jaurès et sauvegardé Blum. Ce n'est pas cela, la méthode de la Représentation Proportionnelle.

Du coup, alors qu'auparavant, l'Unité servait de chiffon rouge pour parvenir à une victoire, maintenant, l'Unité ne vaut plus rien, l'Unité est une compromission détestable, l'Unité n'est plus la garantie de la Force. Là où, auparavant, on souhaitait forcer le parti vers un réformisme des tous petits pas grâce à l'Unité, il faut maintenant casser en morceaux les forces de la Gauche pour former un clan des "purs" qui ne feront pas de compromission avec le marxisme. Et naturellement, faire alliance avec le Modem, ce parti qui se dit du Centre et qui n'est que la Droite Orléaniste.

Jusqu'où ira-t-on ? Doit-on se résigner à ce que le Parti Socialiste explose sous les coups de tous ces camarades ?

Car ces questions sont beaucoup plus importantes que les batailles débiles de leadership et les piques que les loosers de 2002 lancent aux looseuses de 2007 sans une seule fois, ni pour les uns, ni pour les autres, réfléchir au projet global de société que les socialistes pourraient vouloir mettre - ENSEMBLE, si c'est encore possible, ce que je souhaite - en avant.