Je rêve éveillé
Par BC le samedi 17 mai 2008, 01:29 - humeur - Lien permanent
Je viens d’entendre l’allocution télévisée du président de la République. Au milieu du discours habituel, des perspectives de ravages dans les acquis sociaux, de destruction de la Laïcité, de chasse au clandestin en même temps que de protection de la « liberté d’entreprendre », une phrase, énorme :
Au sujet des bénéfices des entreprises, le président des néo-conservateurs français affirme, sans ciller, qu’il souhaite que le partage de ces bénéfices se fasse autrement, dans le rapport suivant : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour l’investissement, et un tiers pour les salariés.
Pour ceux qui ne se souviennent pas de ce passage, allez voir ici (n'oubliez pas votre sac plastique avant d'attacher vos ceintures).
Je me frotte les yeux, je vais prendre l’air, je reviens, je n’arrive plus à écouter quoi que ce soit d’autre, d’abord parce qu’il est revenu aux poncifs de base du MEDEF et du pape qu’il répète encore et encore, ensuite parce que cette phrase m’obsède, tellement elle contraste d’un premier abord avec tout le reste.
Elle contraste, parce que le petit empereur vient d’annoncer qu’il souhaitait reprendre des dizaines, voire des centaines de milliards aux actionnaires, et ce, par an, pour les donner aux salariés... Même le Parti Socialiste n’énonce plus cette volonté dans ses programmes de peur d’effrayer les économistes ou de faire fuir les capitaux.
Pour ceux qui sont fans des soucis des « vrais gens », ces dizaines ou centaines de milliards pourraient, plutôt que d’être distribués aux actionnaires, permettre de revaloriser les salaires, et aussi de boucher le trou de la sécu, des caisses de retraites, d’investir dans des infrastructures durables et écologiques, de relancer la recherche, et j’en passe… Exactement l’inverse de ce que la majorité de Droite fait en ce moment, en supprimant des hôpitaux, des tribunaux, des auxiliaires d’enseignement et des professeurs…
Que lui a-t-il pris ? Peut-être que c’est cela, l’ouverture, on mène la même politique sauvage qui a conduit, par exemple, l'Argentine à se révolter, il n'y a pas si longtemps que cela, de privatisations à outrance, de destruction des services publics, de déréglementation de tout, de casse du droit du travail, la même qui permet à la finance internationale de plonger dans une crise sans précédent dont seuls les pauvres ou les petits propriétaires seront les victimes, et on glisse une phrase, au milieu d’un discours, pour amuser la galerie, une phrase sans conséquence puisque personne ne la reprend, et certainement pas les médias…
Sans conséquence sauf que les français ne sont ni sourds, ni bêtes.
Je vous rassure, la redistribution aux salariés, dans ce qu’il a dit, devait se faire sous forme d’épargne salariale, c’est à dire en donnant des actions de leur entreprise aux salariés… Ces actions, les salariés doivent les conserver sans les toucher pendant cinq ans, elles ne donnent pas lieu à cotisation sociale et donc cela n’aide pas la Sécurité Sociale qui pourra continuer de mourir afin que les grandes assurances les remplacent un jour, et elles ne donnent pas droit à vote lors des Assemblées Générales d’actionnaires… Et pour que ces actions rapportent, il faut augmenter la productivité ou licencier des salariés, enfin c’est ce que font les amis du personnage dont je parle depuis le début de l’article… Ce qui fait que les salariés finissent par trouver des arguments, lorsqu’ils sont intéressés aux résultats, à la dégradation de leurs conditions de travail ou aux plans sociaux dont ils seront eux-mêmes les victimes…
Finalement, il retombe bien droit dans ses bottes…


Commentaires
Je ne perds même plus mon temps à écouter les annonces de Sarko. Je dis Sarko et pas président, parce qu'il a certes été élu mais cela ne lui a pas vraiment apporté les qualités requises pour occuper cette fonction. On dit que la fonction fait la femme ou l'homme... Eh ben là c'est râté ! Pour revenir aux annonces de notre Napo(camé)léon qui est prêt à sortir n'importe quelle foutaise pour satisfaire son "illustre" carrière, je m'en fout totalement. Je m'attends à n'importe quoi chaque matin au réveil. Il n'a pas de projet politique et donc pas de vision ! Par contre même si il n'arrive pas à construire, il sait très bien détruire. La cohésion sociale explose et les principes républicains connaissent, quasiment chaque jour, un recul. La politique c'est la cité, le social, l'égalité des chances. Il n'est pas dans ce registre du tout ! Il fait donc de l'anti-politique visant à détruire le bien commun à des fins personnelles. Tu évoques un rêve éveillé, tu as de la chance car pour moi c'est un cauchemar permanent ! Alors ses annonces...
Attention l'épargne salariale n'est pas constitué d'actions (pas forcément). Le/la salarié(e) qui la touche la place sur un compte pour 5 ans effectivement, mais choisit son support de placement, ça peut être des actions, mais aussi du monétaire, des obligations (donc plus proche de l'épargne classique du point de vue financier lorsqu'on ne désire pas prendre de risques). A la lecture on a l'impression que le salarié devient actionnaire de la boîte, ce qui n'est à ma connaissance jamais le cas.
Attention également : du point de vue cotisations, les plus-values des sommes placées sont soumis à CSG/CRDS, donc contribuent au financement de la Sécu. Par contre l'idée générale de l'article est bonne : comme seules les plus-values sont imposées, en pratique les cotisations sont dérisoires.
Je vous conseille la lecture de cet article du Monde Diplomatique, savoureux, pour comprendre les enjeux de "l'actionnariat salarié"...