Sale temps pour les sans papiers
Par BC le mercredi 15 avril 2009, 15:18 - fondamentaux - Lien permanent
Depuis plusieurs années, nous sommes sur les dents, et ces derniers jours, cela s'est aggravé. La semaine dernière, c'était la semaine de régularisation de tous les sans papiers organisée notamment par l'association Turbulences.
Vendredi soir, nous avons vu un film relatant l'action au lycée Jules Ferry à Paris pour soutenir Yvan et Rachelle qui étaient menacés d'expulsion du territoire (ils disent : "éloignement" dans le langage administratif, ça permet peut-être d'atténuer la portée du geste dans l'esprit de ceux qui ont à le mettre en œuvre ?). Ces deux enfants posent une question simple : "Pourquoi n'ai-je pas droit à un environnement stable et à une éducation ?" Et lorsqu'ils sont régularisés, car c'est arrivé, voyant d'autres enfants être expulsés, ils posent la même question à l'envers : "Pourquoi j'y ai droit maintenant et pas eux ?".
Certains de nos adversaires politiques nous diront de nous adresser aux gouvernements des pays concernés. je trouve qu'il y a une contradiction énorme dans cela. Car la plupart du temps, ces personnes sont aussi des grands défenseurs de la liberté comme principe général, et de la libre circulation des capitaux et des marchandises en particulier. Mais pourquoi ne défendent-ils pas la libre circulation des personnes ? Peut-être parce qu'ils (ou que ceux qu'ils défendent) tirent leur pouvoir économique de cet état de fait. La prospérité économique de zones géographiques, et la rémunération abusive des actionnaires de façon générale, tiennent principalement au dumping social organisé. Ce dumping social organisé est permis par le fait que dans de nombreux pays la misère force la majorité de sa population à accepter des conditions de travail proches de l'esclavage, et que la liberté de circulation des personnes obligerait à donner à chacun les mêmes conditions favorables de vie sous peine d'explosion sociale. Déjà dans les pays industrialisés la misère aux portes des centres-ville et la révolte qui gronde oblige l'Etat à un maintien de l'ordre musclé qui pourrait ne pas tenir. Il suffit donc d'éloigner la misère des zones stables existant dans le monde abritant les institutions de pouvoir, de rendre ces institutions inatteignables (G20 récemment, bourses occidentales, sièges de multinationales...), par la force s'il le faut, et le tour est joué.
Tout cela se résume par la question de Rachelle, une fois qu'elle a obtenu, grâce au rapport de force, d'être une exception à la règle : "Pourquoi j'y ai droit et pas les autres ?"
Le samedi, parrainage d'une dizaine de personnes à la mairie de Torcy. Mon filleul, Victor, est arrivé en France juste après ses 13 ans. Il a eu une scolarité qui l'a amené au bac, puis essaie de suivre un BTS, dans la peur d'être renvoyé dans son pays d'origine où il n'a plus d'attache. Il a 20 ans. Une semaine plus tard, des vigiles contrôlent ses papiers à l'entrée d'un parc d'attraction bien connu, marchand de rêve à Marne La Vallée. Pourquoi les vigiles ont-ils le droit de contrôler les papiers ? Mais passons. Il est maintenant au centre de rétention du Mesnil Amelot, et attend le jugement du recours qu'il a fait au Tribunal Administratif pour contester son arrêté de reconduite à la frontière (APRF). Il a des chances au jugement, il était en train de monter un dossier qu'il était presque prêt à déposer en préfecture pour obtenir une régularisation. Nous allons le soutenir avec ses autres parrains. Mais si le jugement n'est pas favorable, il pourrait être reconduit à tout moment.
Comme je le disais, la circonstance la plus aggravante est que, sur les lettres que reçoivent les personnes leur indiquant leur statut d'indésirable sur le sol français, il y a en en-tête : "République Française, Liberté-Égalité-Fraternité". Comment faire cela au nom d'un idéal qui prône exactement le contraire ?
Voilà pour conclure un texte que je souhaitais faire lire à la cérémonie de parrainage de Victor, écrit à la suite d'un concours de l'association "filles et fils de la République", concours qui impose le titre. Cela résume bien mon état d'esprit :
UN PAYS ÇA VEUT DIRE
Un pays ça veut dire qu'il y a le mien et le tien
Certains disent : "Ma maison", et : "Ta maison". Ça veut dire qu'ils s'en foutent que t'aies pas de maison.
Certain disent : "Mon pain", et : "Ton pain". Ça veut certainement dire qu'ils s'inquiètent de ta santé, tu pourrais prendre trop de poids si tu prenais goût au blé...
Certains vont aussi jusqu'à dire : "Mon sang", et : "Ton sang", surtout parce qu'ils ont jamais vu la couleur du leur (ils le pensent bleu), alors que ton sang ils l'ont déjà vu plein de fois à la télé.
Il a la couleur de la révolution.
Je ne t'apprends rien, ils ont la trouille de la révolution.
Un pays ça veut dire un peu tout ça à la fois, C'est pour ça qu'on a inventé la République. La République, c'est à tout le monde Elle ne se partage pas avec un couteau, ni un canif, ni un gros truc de boucher, sinon c'est fini, elle est morte.
C'est notre maison, construite grâce à notre pain, et avec notre sang versé, à tous les deux, rouge cerise, presque noir à l'air libre,
Et cette République, aucun « pays » ne nous la prendra.


Commentaires
Il y a aussi des personnes qui ont des papiers en France, qui voudraient bien être aidées , parrainées.
Allez Bernard, tu ferais mieux de bosser plutôt que de poster des trolls sur mon blog... ça fait trois quand même. J'ai du mal à comprendre qu'avec tous ces avions qui passent tous les jours sous les yeux tu préfères pas faire des voyages et apprendre le monde de façon positive plutôt que de ne penser qu'à protéger ton chez-toi...
Les valeurs de la République que tu as rappelées s'opposent manifestement au comportement de ses membres, en particulier lorsqu'il s'agit de fraternité dans le cas présent. La question que je me pose finalement, c'est à qui s'appliquent ces valeurs dans l'expression "liberté', "égalité", "fraternité"? A tous ou aux chanceux élus par elle et qui ont eu la chance d'y être nés?
Quelles doivent-être les conditions d'accès à cette République?
On brandit souvent les valeurs de la République comme argument imparable, mais est-on vraiment dans un pays dans lequel ces valeurs ont un sens, disons "politique"?
Des questions de gauche?
Bonjour Olivista :-)
La notion de République est la résultante de la recherche des valeurs universelles liées à l'Humanité. En conséquence, les membres de la République sont tous les êtres humains qui souhaitent adhérer à ses valeurs, et aucune autre condition ne devrait limiter cette adhésion.
La République ne saurait être une Nation délimitée par des aspects culturels et en théorie toujours, il ne saurait y avoir deux Républiques connaissant leur existence réciproque puisque leurs valeurs devraient leur commander de n'en former qu'une. (Je pourrais me lancer dans une démonstration de logique sur l'absurde d'une frontière par des considérations sur la réflexivité de la relation d'égalité).
La multiplication des groupes sociaux ne tient qu'à la volonté d'un petit nombre de conserver des possibilités d'en gouverner au moins un et d'en asservir ses membres plutôt que de laisser l'Humanité se gouverner elle-même.
Les valeurs de la République ont un sens "politique" comme tu le dis, un sens qui conduit plus à l'internationalisme, valeur de gauche s'il en est. Les questions d'identité, d'immigration et d'insécurité sont les questions brandies par la droite pour maintenir la domination d'une "élite", par la peur de l'autre, sur une Humanité morcelée, hiérarchisée par des valeurs fabriquées pour cela, et contrainte à un seul objectif : favoriser cette domination.