Je me sens plus léger :-)

Les résultats du premier tour des élections présidentielles m'ont réveillé. Je me trouvais en léthargie depuis les ennuis personnels que j'ai eus, notamment l'incendie de ma maison. Je participais à de nombreuses activités politiques et associatives, peut-être trop... encore des arguments contre le cumul des fonctions. Il faut savoir être raisonnable.

Mais le résultat du premier tour ont été pour moi un électrochoc salvateur. La gauche peut être entendue malgré le couvercle posé sur elle dans les médias, les nombreuses déformations de nos discours, et la préférence affichée de nombre d'entre eux, ou du moins la haine moins grande pour le Front National que pour le Front de Gauche dans les milieux liés aux grands pouvoirs.

Alors quoi, il suffirait d'un relooking d'image et l'extrême droite deviendrait fréquentable ?! Et au mieux, on pourrait se permettre de mettre dos à dos les partisans de la ségrégation de ceux du partage ?! C'est révoltant. Cette révolte a été chez moi un déclencheur. J'étais fatigué, un peu découragé peut-être. Mais notre cause est grande, et nous allons le démontrer.

Nous avons déjà démontré que nous étions plus nombreux que prévu :-) Cela va continuer. Sur Torcy, le résultat du premier tour est intéressant. Le Front de Gauche est devant le Front National. C'est ce qui aurait du être partout, mais déjà chez moi je me sens mieux. Et la bataille est loin d'être terminée. Je n'accepterai pas que des personnes puissent être convaincues à ce point qu'il faut séparer les "bons français" des mauvais. Car je suis un révolutionnaire attaché à 1789, à 1792 et au droit du sol.

J'ai été fier de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et notamment de son discours de Marseille et de son attachement à démonter point par point les provocations de l'infâme Jean-Marine Le Pen. Ces provocations ne sont le fruit que d'élucubrations de l'ordre de "on sait bien que", "on voit bien que", "on a peur que". Cela ne peut pas faire un discours argumenté, c'est le mécanisme classique qui transforme l'Autre en un être dont on a peur et qui perd son humanité.

Nous devons le refuser, et donner les arguments raisonnés qui sauront mettre le doute chez ceux qui "croient" ou adhèrent aux propos de l'infâme. Puis, pour les rassurer, faire disparaitre la peur, il faut apprendre à vivre ensemble, tout simplement, se parler.

Les médias et la télévision, pour cela, ne jouent pas leur rôle, ils amplifient la peur, on dirait qu'ils sont faits pour cela ! Alors que, en partageant les expressions, en mélangeant les types d'intervenants, de chroniqueurs, on ferait déjà tant !

Lorsque tout à l'heure, j'ai pu percevoir en direct les larmes de Jean-Pierre Pernault devant le discours "émouvant" de Sarkozy, rediffusé de hier soir, j'ai ressenti un mélange d'émotions détonnant. Petite digression, je zappais entre les différentes chaines pour sentir le ton des unes et des autres, je n'étais pas fixé sur TF1. Mais lorsque je suis tombé là dessus, j'étais déjà surpris de la religiosité avec laquelle on nous présentait la rediffusion de cet extrait de discours, mettant en avant l'émotion du sorti mais rien d'autre.

Ma perception de ce discours n'a certainement pas été la même. Tout ce qui a été dit m'est apparu comme complètement décalé de la réalité. Par exemple, lorsqu'il dit "nous ne sommes pas comme eux, j'ai souffert que l'institution que je représentais ne soit pas respectée ne faisons pas comme eux" , j'ai vraiment commencé à me frotter les yeux en me demandant s'il comprenait ce qu'il disait. Il ne voit pas les causes de ce non respect d'une institution qui met toute sa force à soutenir ceux qui écrasent les autres, à traiter des catégories de population française de racailles, et à avoir les mêmes arguments que l'extrême droite et les mêmes plaisanteries racistes ? Chirac a obtenu de moi le respect institutionnel que lui n'aura jamais, et il se demande pourquoi ?

Lorsqu'il dit : "J'ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les Français des crises sans précédent qui ont ébranlé le monde pour que la France en sorte plus forte.", j'ai commencé à hurler. Veut-il que je lui fasse la liste des millions de personnes qui vivent dans l'indigence et à qui tous les jours il a demandé des sacrifices tandis qu'une toute petite partie se goinfrait en étalant leur satisfaction d'être là où ils sont ?

Lorsqu'il dit "Lorsque l'on a des valeurs, la seule façon d'être crédible c'est de les vivre. (...) Laissez moi la liberté de vivre en accord avec ce que je pense." Je trouve que c'est facile, du point de vue où il est, de dire cela. La liberté, c'est quand on a le choix. Et il y a des millions de français qui aurait avoir la liberté de partager mais qui n'avaient déjà pas de quoi vivre, ni capital économique, ni capital culturel leur permettant de devenir Maire de Neuilly à 28 ans... et de n'y construire pas un logement social ou presque.

Et enfin, lorsqu'il dit : "Jamais je ne pourrai vous rendre tout ce que vous m'avez donné", je me suis demandé si je n'allais pas lui proposer un échéancier, parce qu'en effet il s'en est mis, lui et certains de ses amis, plein les poches, grâce au soutien de tellement de français qui eux même sont toujours persuadés qu'il faut travailler plus pour gagner plus mais qui n'ont pas pu gagner autant que leur "chef", celui qui endosse la responsabilité avec la facilité de celui qui a fait une récolte pendant cinq ans et qui va pouvoir la faire fructifier. Je rappelle à ces français qui soutiennent la droite qu'un être humain, même si il travaille 80 heures par semaine, même s'il parvient à travailler 90 heures par semaines et dormir les 78 heures qu'il lui reste, ne travaille pas plus de trois fois ce que travaillent les autres... Quelle raison y a-t-il à ce qu'il gagne des centaines de fois plus ?

Je suis soulagé parce que nous n'avons plus le poids de la honte de ce président sur les épaules, nous n'avons plus le poids de ses décisions cruelles sur le dos, nous n'avons plus la peur que nos frères et sœurs soient pourchassés dans les écoles ou dans la rue pour faire du chiffre de renvoi en charter, nous n'avons plus la peur de l'impunité de ceux qui font circuler les valises de billets, nous n'avons plus la peur de voir se désagréger complètement le service public sous son impulsion propre.

Nous n'avons plus que le poids du Monde, et du Monde libéral, sur les épaules. Nous savons que le président actuel a déjà renoncé à prendre les mesures pour nous en protéger totalement. Mais nous sommes déjà soulagés de ne plus avoir Sarkozy sur les épaules. Et nous voilà décidés à nous battre. Nous sommes suffisamment pour porter le monde et trouver les moyens de vivre ensemble dignement. Nous n'avons pas besoin de dirigeants providentiels. Nous avons besoin de retrouver confiance en nous, le peuple, et la première étape est de combattre sans pitié les affirmations de l'extrême droite partout où nous les entendrons, et de chercher les moyens, comme la Laïcité, pour vivre tous ensemble sans chercher un ennemi parmi nous.

Une nouvelle séquence politique commence. Elle commence par des élections législatives. Nous n'avons plus peur maintenant, l'épouvantail est parti. Nous voulons des salaires dignes, des logements dignes, une occupation dans la société qui nous y fasse jouer un rôle. Et nous voulons aussi avoir le droit et le temps d'éduquer nos enfants, de passer du temps en famille et avec des amis, d'être amoureux-se-s, et de vivre en plus que de survivre. Et pour obtenir tout cela, nous devons nous battre, et exiger tous ensemble cela, sans exclure personne de notre dessein.

Vous savez tous que je milite au Front de Gauche. Le Front de Gauche est un outil. J'appelle tou-te-s les français-es, quelles que soit leur origine, leur apparence, leur religion ou non-religion, leur statut personnel, à se saisir de cet outil de combat, à sortir de l'ombre, à redresser la tête, à sourire, et asséner des coups supplémentaires (politiquement) à tous ceux qui veulent les enfoncer dans la misère sous prétexte qu'on ne peut pas y faire grand chose. Ces coups, nous devons les donner par le vote, par les candidatures, par les manifestations, et en les regardant droit dans les yeux, avec fierté et dignité et sans violence.

Non, je ne veux pas la liberté toute seule, ni l'Égalité toute seule. Je veux la Liberté, l'Égalité et la Fraternité ensemble ! Je veux la République Sociale.

Je vais reprendre les propos de Sarkozy : "Ne soyons pas ce qu'ils disent que nous sommes". En général, il disent que nous sommes violents. Mais la violence, ce sont ces propos et les autres, la violence c'est de dire qu'on a voulu nous protéger et qu'on est chaque jour plus malheureux alors que les puissants décideurs se goinfrent et trouvent ça normal "parce qu'ils travaillent" (mais à notre perte). Nous ne seront pas violents, mais impitoyables.

Le Front de Gauche a réalisé un beau score dans une ambiance de peur. Mais nous n'avons plus peur. Amplifions le résultat. Vive le SMIC à 1700 euros ! Vive la retraite à 60 ans à taux plein ! Vivent les services publics ! Vive la 6ème République ! Vive le peuple européen !